Vrai ou faux départ ? La Syrie s’est-elle vraiment résolue à se retirer sans délai du Liban, à en rappeler non seulement ses quatorze mille soldats mais aussi ses services secrets - ce qui serait beaucoup plus important encore ? « Oui », vient de répondre un responsable syrien en déclarant à l’Agence France Presse que, oui, « le retrait englobe celui des services de renseignement militaire qui font partie des forces syriennes ». La messe est donc dite ? Elle ne l’est pas, pas tout à fait en tout cas, car, outre que ce responsable a requis l’anonymat, que cette déclaration n’est, autrement dit, pas officielle, le renseignement militaire n’englobe pas la totalité des services syriens au Liban. L’ambiguïté persiste, savamment entretenue depuis trois jours. Retrait il y aura. Il a été annoncé, samedi, par Bachar al-Assad. Le Président syrien l’a confirmé, hier, à l’issue d’une réunion avec le Président libanais, Emile Lahoud, un homme de la Syrie, mais le retrait n’est, pour l’heure, qu’un repli, dans la plaine de la Bekaa, vers la frontière syrienne mais pas en Syrie. Il ne sera pas non plus immédiat puisqu’il sera réalisé, sans plus de précision, « avant la fin mars » et il faudra, ensuite, attendre un mois de plus pour que soient déterminées « l’importance et la durée du maintien des forces restantes ». En clair, il y aura des « forces restantes ». C’est écrit mais, dans le même temps, Bachar al-Assad et Emile Lahoud ont affirmé leur respect de la résolution 1559 du Conseil de sécurité qui requiert, point à la ligne, le départ des troupes syriennes. Que faut-il comprendre ? Difficile à dire. Rien n’est sûr mais, si la Syrie ne veut pas encore admettre qu’elle s’apprête à plier bagages, le moins qu’on puisse dire est qu’elle en donne des signes. Elle attend de savoir si le Hezbollah, le grand parti chiite qui lui reste plus ou moins favorable, réussira à mobiliser beaucoup de monde dans la manifestation qu’il organise aujourd’hui à Beyrouth. La Syrie veut gagner du temps, voir s’il lui reste ou non des marges de manœuvres. Elle ne veut surtout pas décamper, s’enfuir, car c’est la survie de son régime qui se joue maintenant dans cette crise mais, l’un dans l’autre, elle est en train de faire le deuil de son protectorat sur le Liban pour trois raisons. La première est que la mobilisation libanaise, loin de s’affaiblir, se nourrit d’elle-même, que la manifestation d’hier a réuni au moins 150 000 personnes scandant « La Syrie dehors ! », que le Liban s’unit toujours plus dans l’aspiration à l’indépendance et que la force est impuissante contre un tel mouvement. La deuxième est que les Etats-Unis, la France et toute l’Europe font monter de jour en jour la pression sur Damas et que les seules menaces économiques que cela implique ont de quoi faire réfléchir le régime syrien. La troisième, probablement la plus décisive, est que l’Arabie saoudite, bailleur de fonds de la Syrie, somme Damas de se retirer du Liban car elle ne veut pas que la mobilisation libanaise risque de se transformer en insurrection, que les idées de liberté et d’autodétermination portent une révolution dans la région. La Syrie peut tergiverser mais elle n’a plus guère le choix.

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