L’affaire aura mis un mois à sortir. Le 6 février dernier, deux étrangers – de nationalité, pour l’instant, indéterminée – se présentent à la réception d’un grand hôtel d’Istanbul, réservent une chambre pour trois jours à compter du lendemain au nom d’Ali Reza Asgari et paient d’avance, en cash. Pas de carte de crédit donc ni de courrier, électronique ou autre. On ne sait pas qui sont ces hommes mais Ali Reza Asgari est, lui, une personnalité iranienne de très haut rang puisqu’il a été vice-ministre de la défense après avoir été l’un des patrons des Gardiens de la Révolution, bras armé du régime et bastion de ses éléments les plus durs. Comme prévu, il se présente le lendemain à cet hôtel et, depuis… rien. Depuis le 7 février, Ali Reza Asgari a disparu, volatilisé, et c’est le chef de la police iranienne qui l’a révélé avant-hier en indiquant que l’ancien vice-ministre effectuait un voyage « à titre personnel » en Syrie puis en Turquie et qu’il était « possible qu’il ait été enlevé par les services de renseignement occidentaux à cause de son passage au ministère de la Défense ». C’est en effet possible car beaucoup de services de renseignements aimeraient pouvoir interroger une personnalité iranienne en sachant autant sur le programme nucléaire de son pays et les liens, aussi, entre l’Iran et le Hezbollah libanais puisque Ali Reza Asgari aurait séjourné au Liban dans les années 80 où il aurait parrainé la fondation de la milice chiite. Suggérée par Téhéran, la thèse de l’enlèvement est parfaitement plausible sauf qu’un homme de l’ombre, bien sûr averti de l’intérêt qu’il peut susciter, ne se rend a priori pas seul, sans protection, dans un hôtel d’une capitale étrangère alors qu’il peut aisément être hébergé dans son ambassade. Il peut l’avoir fait pour des raisons d’affaires ou sentimentales sur lesquelles il aurait voulu rester discret. Un officiel, fût-il iranien, n’en est pas moins homme mais ni le sexe ni les trafics financiers ne sont un grand problème en Iran et restent ainsi deux autres hypothèses. La première est qu’Ali Reza Asgari serait en réalité un transfuge, aujourd’hui débriefé par des agents américains, européens, israéliens ou russes. La seconde est qu’il aurait été sur le point de trahir son pays, qu’il aurait été liquidé avant d’avoir pu le faire et que Téhéran ne s’inquièterait de sa disparition que pour faire diversion. Les trois hypothèses se tiennent. On ne sait pas mais la certitude est que, parallèlement, la bataille politique en cours au sein du régime iranien ne fait que se développer. Elle se lit toujours plus dans la presse. L’ancien Président Rafsandjani dénonce publiquement la politique économique de Mahmoud Ahmadinejad qui, lui, s’en prend aux politiciens qui voudraient « plier » devant l’ennemi. Ce régime se déchire et l’un de ses hommes disparaît.

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