Cela impliquait que chaque Islandais, enfants et adultes, actifs et retraités, riches et pauvres, ait à payer 99€ par mois pendant 8 ans. A plus de 93%, l’Islande a donc dit « non », samedi, au projet de loi qui lui était soumis, par référendum, après que son président eut refusé de signer ce texte aux termes duquel le pays aurait du rembourser aux Etats néerlandais et britannique les quelque 4 milliards d’euros qu’ils avaient avancés à leurs citoyens victimes de la faillite des banques islandaises, elle–même provoquée par le krach de Wall Street. Bien qu’il soit encore plus ample que prévu, l’étonnant n’est pas ce rejet. Lorsqu’on vous demande si vous êtes, oui ou non, disposé à payer, et beaucoup, sur vos propres deniers, pour des fautes que vous n’avez pas vous-même commises, la réponse est, évidemment, attendue. Elle est tellement logique que l’issue de ce référendum a été saluée par une véritable liesse populaire dans les rues de Reykjavik, embrassades, bières et feux d’artifice, mais l’étonnant est l’extrême modération des réactions internationales. « Le point fondamental, pour nous, est de revoir notre argent mais nous sommes prêts à être flexibles », déclarait hier soir le ministre britannique des Finances, Alistair Darling, en ajoutant que la Grande-Bretagne ne pouvait pas dire à un petit pays comme l’Islande : « Remboursez-nous immédiatement », ce qu’elle avait, pourtant, exigé jusque ces derniers jours. Quant à la Commission européenne, directement concernée puisque l’Islande est candidate à l’entrée dans l’Union depuis que la crise financière l’a pratiquement mise en faillite, elle s’est empressée de dire que le règlement de cette affaire et les négociations d’adhésions constituaient « deux processus séparés ». La Commission s’est, autrement dit, abstenue de mettre la moindre pression sur l’Islande alors que les Pays-Bas avaient clairement lié, avant le référendum, leur feu vert à l’adhésion islandaise et la récupération des sommes avancées à leurs citoyens. Dans cette affaire, tout le monde marche sur des œufs parce que les Pays-Bas et la Grande-Bretagne votent au printemps, que la dette islandaise pourrait y devenir un enjeu électoral, particulièrement aux Pays-Bas, et qu’aucun gouvernement européen, surtout, ne souhaite que l’Islande n’en vienne à se radicaliser, ne devienne un symbole du refus de la rigueur par les opinions publiques et ne crée, par là, un effet de contagion dans toute l’Union. Cette hypothèse préoccupe d’autant plus les gouvernements qu’il y a, parallèlement, la Grèce, elle aussi sommée de se serrer la ceinture. Aucun Etat ne lui réclame de remboursement. Les partenaires européens ont seulement exigé de la Grèce qu’elle mette de l’ordre dans ses comptes, trafiqués par ses précédents gouvernements, avant que l’Union ne lui accorde des garanties bancaires mais, l’un dans l’autre, l’ombre de l’austérité plane sur tous les pays européens, même les plus riches, et leurs dirigeants ne voudraient pas qu’une maladresse, vis-à-vis d’Athènes ou de Reykjavik, n’y provoque une réaction en chaine.

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