Vue de France, Martine Aubry est l’un des champions possibles de la gauche en 2012. C’est avant tout en cela qu’elle intéresse la presse et les électeurs français mais, aux yeux des dirigeants de la gauche européenne, la première secrétaire du PS est une tout autre femme. Elle est celle qui, depuis qu’elle est aux commandes de la gauche française, n’a eu de cesse de rapprocher les sociaux-démocrates des 27 pays membres de l’Union et de faire de leur organisation commune, le Parti socialiste européen, un véritable parti paneuropéen à même de faire des propositions pour l’Europe, de conquérir la majorité au Parlement de Strasbourg, d’imposer ses candidats à la Commission et de prendre, par là, le gouvernail de l’Union. C’est ainsi que Martine Aubry est devenue une figure centrale de la gauche européenne et il suffisait pour s’en convaincre de la voir orchestrer, ce week-end, la réunion que le PSE tenait à Athènes. Cette position, la première secrétaire la doit, bien sûr, à sa foi européenne et au prestige de son père, Jacques Delors, mais surtout à la rapidité avec laquelle elle avait compris que la réélection d’Angela Merkel allait conduire les sociaux-démocrates allemands à revenir sur le tournant libéral qu’ils avaient pris il y a une décennie et les rapprocher des socialistes français. Bien placés pour revenir au pouvoir en 2012 et 2013, le PS et le SPD ont appris à travailler ensemble. Des connivences se sont nouées et, lorsque la défaite des travaillistes britanniques les eut amenés, à leur tour, à reconsidérer leur troisième voie blairiste, le centre de gravité du PSE s’est déplacé à gauche et cela d’autant plus vite que le krach de Wall Street avait, entre temps, malmené les credo libéraux et sorti les idées keynésiennes de leur purgatoire. Martine Aubry et son volontarisme européen ont, autrement dit, été servis par une évolution générale des scènes européenne et mondiale, par un retour en force des idées de régulation, du besoin d’Etat, de tout ce qui fait la gauche, et c’est sur cette toile de fond que le PSE a adopté à Athènes des propositions pour l’Europe qu’il n’aurait même pas envisagées il y a encore trois ans. Le PSE souhaite le développement d’une « politique industrielle européenne » ; l’adoption de normes sociales communes et, notamment, d’un revenu minimum dans chacun des pays européen ; la mise en place d’une taxe sur les transactions financières ; la création d’emprunts européens et l’allégement des charges imposées à ceux des Etats membres que l’Union a dû aider à surmonter leurs difficultés budgétaires. Non seulement la gauche européenne évolue mais son évolution précipite celle de l’Union car ces propositions du PSE constituent une réponse à celles que défendent Angela Merkel et Nicolas Sarkozy dans le cadre de la définition de politiques européennes communes. Paneuropéennes l’une et l’autre, une gauche et une droite européennes, une majorité et une opposition, s’affrontent sur ce que devrait être la politique de l’Union. Ce n’est pas encore l’Europe fédérale. Ce n'est pas même l’Europe paneuropéenne politique mais c’est, déjà, une considérable avancée dans cette direction qui est la bonne.

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