Des négociations vont reprendre sur le nucléaire iranien. On n’en connaît encore ni la date ni le lieu mais Catherine Ashton, la Haute représentante de l’Union européenne pour la politique étrangère, l’a annoncé mardi et les « 5+1 », les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne, se retrouveront bientôt face aux représentants de la République islamique pour tenter d’enrayer la crise que suscite son ambition de se doter de la bombe – une ambition qu’elle nie sans parvenir à convaincre de sa bonne foi.

L’expression est usée mais ce sera des négociations de la dernière chance car, si elles n’aboutissaient pas, ce serait la guerre. Israël ne cache pas mais proclame au contraire qu’il est prêt à aller bombarder les sites iraniens car il ne veut pas que l’Iran puisse disposer de l’arme atomique alors que son président, Mahmoud Ahmadinejad, a publiquement déclaré qu’il fallait le rayer de la carte. Etats-Unis en tête, les grandes puissances sont toutes opposées à ces bombardements israéliens car elles considèrent, et disent, à raison, qu’ils auraient de graves conséquences pour la stabilité internationale.

L’Iran pourrait alors bloquer le détroit d’Ormuz, l’étroit passage par lequel transite, le long de ses côtes, le tiers du commerce pétrolier international par voie maritime. Les cours du pétrole en flamberaient immédiatement dans de telles proportions que c’est toute l’économie mondiale qui en serait mise à plat. Cette perspective étant inacceptable, la marine américaine interviendrait et les monarchies pétrolières du Golfe ne sortiraient pas indemnes de ces affrontements puisqu’elles seraient aux premières loges. C’est tout le Golfe qui prendrait feu et, parallèlement, tandis que des missiles iraniens viseraient Tel Aviv, le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien, deux alliés de l’Iran, pourraient entrer en scène en attaquant Israël au nord et au sud.

Cet engrenage est d’autant plus menaçant que l’accession de l’Iran à la bombe pousserait vite la Turquie, l’Arabie saoudite et la Jordanie à s’en doter elles aussi, et que, compte tenu de la bombe israélienne, il y aurait ainsi cinq puissances nucléaires au Proche-Orient région volatile par excellence. C’est pour toutes ces raisons que Barack Obama et les grandes puissances souhaitent tant ces négociations et leur succès mais elles seront plus qu’incertaines car le régime iranien est toujours plus insaisissable.

Ce n’est pas seulement que la bombe soit devenue pour lui une assurance-vie car il considère que les pays arabes et les Occidentaux veulent sa perte. C’est aussi que ce régime, rejeté par sa population, étranglé par les sanctions internationales et affaibli par l’affaiblissement de son allié syrien, est tellement divisé que les élections législatives de la semaine dernière s’y sont réduites à un affrontement entre deux camps conservateurs, celui du président Ahmadinejad et celui du Guide suprême qui l’a clairement emporté. Mahmoud Ahmadinejad aurait voulu faire baisser la tension avec les Etats-Unis. Le Guide n’y était pas favorable et plus personne ne sait aujourd’hui quelle attitude adoptera l’Iran. Tout dépendra de ce régime mais, outre qu’on ne sait pas ce qu’il veut, tout dit qu’il ne le sait pas lui-même.

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.