L'Italie s'apprête à signer un accord d'investissement avec la Chine qui lui permettrait de participer aux "nouvelles routes de la soie" chinoises. Une première pour un pays du G7. Les Américains sont furieux, les Européens muets et les Chinois comptent les points.

Matteo Salvini
Matteo Salvini © Getty / Ivan Romano

L'Italie a décidé de rendre fous ses alliés européens et américains. C'est vrai qu'en ce moment, on a l'impression que Rome a inventé un sorte de jeu à somme nulle qui pourrait s'intituler : « que veut gagner une crise diplomatique ? ». La dernière trouvaille de Matteo Salvini est... signer avec les Chinois un accord commercial.

Pas n'importe quel accord commercial, sinon ça n'est pas drôle. Non, il s'agit de signer l'entrée de l'Italie dans les « nouvelles routes de la soie » chinoises. Un projet gargantuesque qui vise a relier la Chine au reste du monde par des infrastructures.

Des routes, des ponts, des chemins de fer, des ports, le tout pour 1 000 milliards de dollars d'investissements essentiellement portés par la Chine qui accorde des prêts très généreux et qui fournit l'ingénierie et les entreprises.

Or l'Italie serait le seul pays du G7, ce club de pays riches et occidentaux, à participer à ce projet. Immédiatement, les Américains – qui je le rappelle sont en guerre commerciale avec Pékin – ont émis de très sérieuses réticences et l'ont fait savoir.

Les Italiens, politiques, les Chinois diplomatiques

Objectivement, l'Italie n'est pas le premier pays de l'Union européennes à ouvrir grand ses portes à la Chine. La Grèce a vendu a Pékin le port du Pirée, la Hongrie fait des pieds et des mains pour accueillir les investissements chinois et avec succès.

L'Italie était plutôt en retard de ce point de vue et justement parce que ça fâchait les Américains qu'un allié aussi sûr cède aux sirènes chinoises. Objectivement aussi, les sommes en jeu sont assez minuscules : quelques centaines de millions d'euros.

En fait, le seul intérêt de l'Italie est politique. D'une part, le gouvernement nationaliste veut faire la preuve de son indépendance. Comment mieux le démontrer qu'en agaçant les Américains ? Si on plus ça peut énerver les Européens, c'est que du bonheur.

Eh puis, ça peut faire tiquer Paris, c'est encore mieux ! Parce qu'en y regardant de près, il y a deux candidats pour ces investissements chinois : les ports de Palerme et de Gènes. Or Gènes, c'est le concurrent direct du port de Marseille.

Enfin, signer pour des infrastructures avec les Chinois, ça permet de faire oublier l'embrouillamini de la ligne de TGV Lyon Turin auquel une partie du gouvernement italien est favorable alors que l'autre y est farouchement opposée.

On l'a vu, côté italien, c'est du billard à 4 bandes cet accord  avec la Chine. Et côté chinois, on est plutôt dans le jeu de go. En ce moment, on le sait, les négociations commerciales avec les Américains sont particulièrement serrées.

Sans parler de son géant de la téléphonie, Huawei, soupçonner de truffer ses serveurs de logiciels espions et qui essuie, côté occidental, embargo sur embargo. Donc tout ce qui peut affaiblir le camp yankee et donc le diviser est bon à prendre.

Jusqu'à présent, les positions stratégiques chinoises en Europe sont assez limitées. Un aéroport en France, le port du Pirée en Grèce, des participations spectaculaires mais sans conséquence dans Deutsche Bank en Allemagne. L'Italie est donc une prise de choix.

C'est si vrai que le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a fait une déclaration très peu diplomatique mais très caractéristique de cette guerre de positions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine :

Pékin a pris la défense de l'Italie face aux Etats-Unis : « Rome n'a pas besoin des conseils de Washington pour conduire ses affaires intérieures ». Et le quasi ministre chinois ajoute : « l'opposition des Etats-Unis à cet accord est risible ». L'Italie défendue par la Chine face aux Etats-Unis c'est tout simplement du jamais vu 

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.