Georges Bush et Jacques Chirac ont dû négocier eux-mêmes, hier, par téléphone, les dernières virgules mais c’est fait. Le Conseil de sécurité adoptera aujourd’hui une résolution sur l’Irak, un texte très éloigné des premières ambitions américaines. La France a gagné. Ce projet de résolution sur l’Irak qui sera adopté aujourd’hui par le Conseil de sécurité ne correspond, bien sûr, pas totalement à ce qu’elle aurait souhaité, mais la France a gagné car une chance est laissée à la paix. Il aura fallu trois mois de bataille. Début août, les faucons l’avaient emporté à Washington. L’idée des Etats-Unis était de purement et simplement ignorer l’O.N.U et d’aller renverser Saddam quand ils le décideraient. Là, l’Europe avait fait front. L’effarement était tel dans les capitales européennes que c’est Tony Blair, le plus américain des Européens, qui était allé voir Georges Bush pour lui dire que personne ne pouvait accepter cela, pas même lui. Premier recul donc du Président américain qui va plaider son dossier devant les Nations-Unies. Soulagement général mais aussitôt les Etats-Unis proposent au Conseil de sécurité un projet de résolution qui revenait à leur donner un blanc-seing, qui leur permettait d’aller, comme prévu, renverser Saddam au jour de leur choix mais avec l’aval préalable de l’O.N.U. Cette fois-ci, Tony Blair soutient Georges Bush et c’est la France, approuvée par l’Allemagne, soutenue par les Russes et les Chinois, qui va renverser la vapeur. La France propose alors sa démarche en deux temps - d’abord une résolution sur le retour des inspecteurs en Irak et ensuite, si Saddam Hussein ne jouait pas le jeu, une seconde résolution du Conseil de sécurité pour décider des mesures à prendre. Les Etats-Unis refusent. C’est non. La France s’obstine, fait du porte à porte pour rallier à sa position le plus grand nombre possible de membres du Conseil de sécurité. Les Etats-Unis en font autant, avec plus de moyens, de promesses et de menaces, mais, rien n’y fait. L’idée française fait si bien son chemin que, mi-octobre, la Maison-Blanche recule à nouveau et accepte le principe français du deux temps. Nouveau soulagement mais le nouveau projet de résolution que les Américains présentent alors est rédigé de telle manière qu’ils ont toujours la possibilité, deux temps ou pas, de décider seuls que l’Irak ne se soumet pas aux exigences de l’O.N.U et de recourir à la force. Calmement, la France refuse. C’est mieux, dit-elle, mais on n’y est pas encore car il faut qu’il soit clair que toute entrave mise aux inspections devra être examinée par le Conseil de sécurité. Bras de fer. Fureur des Américains mais, hier, ils ont cédé pour la troisième fois, acceptant cette dernière exigence de la France qui, elle, a accepté en retour une ambiguïté voulue par les Américains. En cas d’entrave irakienne aux inspections, le conseil devra, certes, se réunir et examiner la situation mais il n’est pas précisé qu’il doive adopter une nouvelle résolution. Georges Bush ne s’est, autrement dit, pas laissé lier les mains. Grâce à la France, la guerre n’est plus certaine puisque les Américains ne peuvent plus la déclarer sans que Saddam ne leur en donne le prétexte. La guerre reste cependant possible car les Américains s’y préparent, que Saddam peut vouloir jouer au plus fin malgré l’unité du Conseil de sécurité et qu’un prétexte, en tout état de cause, ça se trouve.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.