Il y a d’impérieuses raisons d’intervenir en Côte-d’Ivoire mais la France a-t-elle les moyens de résoudre cette crise ? Si la France évacuait ses ressortissants et retirait ses troupes au lieu de les étoffer, si elle détournait ses regards de ce pays où elle est si présente depuis un siècle et demi, la Côte-d’Ivoire, c’est malheureusement clair, plongerait dans le sang. La tension ne cesse d’y monter depuis la mort, en 1990, de Félix Houphouet-Boigny, le père de l’indépendance, l’homme qui avait su assurer une stabilité économique et politique à cette ancienne colonie française mais si bien étouffer, en même temps, toute opposition qu’il n’y avait pas, à l’heure de sa succession, de partis assez solides pour organiser la transition. Il y a, maintenant, quatorze ans que la Côte-d’Ivoire danse au dessus d’un volcan mais, depuis l’insurrection qui a éclaté, en septembre 2002, dans le nord du pays, la guerre civile gronde entre le Nord et le Sud. La France avait, jusqu’à présent évité le pire en amenant les deux parties à une trêve mais, jeudi dernier, le Sud, les troupes du Président Gbagbo, ont repris l’offensive contre le Nord. Elles ont bombardé les insurgés et délibérément visé au passage les troupes d’interposition françaises pour leur signifier qu’elles feraient mieux de partir. Neuf soldats français ont été tués, de nombreux autres blessés, mais si la France ne tenait pas bon, ce n’est pas seulement la Côte-d’Ivoire qui tomberait dans le chaos. Les pays voisins, le Liberia et le Burkina Faso, pourraient vite être entraînés dans ce conflit et toute l’Afrique occidentale pourrait s’embraser. La France pourrait alors être accusée d’avoir laissé s’enclencher l’engrenage d’abominations qu’elle aurait pu empêcher. Le spectre du Rwanda pèse sur cette crise. Le moins qu’on puisse dire est qu’il donne à réfléchir. Il explique largement la détermination française mais, sur le long terme, l’interposition de la France ne suffira pas à ramener le calme. Comme celles de presque tous les Etats africains, les frontières de la Côte-d’Ivoire ont été dessinées par la colonisation. Elles sont artificielles, passent entre des peuples qu’on appelle à tort des ethnies, les charcutent et les font coexister sous un même drapeau. Tant que la Côte-d’Ivoire tirait de si grandes ressources du cacao qu’elle devait faire venir de la main d’œuvre des pays limitrophes, tout allait bien mais, depuis que le cours du cacao a chuté de moitié dans les années quatre-vingt, le pays se défait. L’opposition entre les savanes du Nord et les forêts du Sud, entre régions musulmanes et régions chrétiennes, est désormais patente. Les familles des travailleurs immigrés, notamment burkinabés, sont rejetées et la grande question politique est de savoir ce qu’est « l’ivoirité », à qui appartient ce pays. C’est la cause profonde de ce conflit, énième secousse du tremblement de terre frontalier qui ébranle l’Afrique et ce n’est pas la France seule qui jugulera ce séisme. Elle ne peut y contribuer qu’avec l’Union africaine, l’Europe et l’Onu, toutes trois solidaires, mobilisées, mais aussi peu désireuses que capables de vraiment s’engager. En réduction, la Côte-d’Ivoire dit tout le problème d’un monde qui a besoin d’un gouvernement mondial mais en est encore très loin.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.