En mai 68, un haut fonctionnaire du Quai d’Orsay était tout particulièrement chargé de rassurer le monde sur l’état de la France. Aux ambassadeurs étrangers qui défilaient dans son bureau, il assurait tout sourire que, mais non, tout allait bien, rien de grave et que, grève générale et manifestations étudiantes ou pas, la France se portait comme un charme. D’une certaine manière, ce n’était pas faux. La France a survécu à cette révolution. Elle en a même tiré les forces d’un bilan et d’un renouveau mais, pour l’heure, la crise des banlieues n’en est pas là, met à mal l’image de la France. Peut-être pourra-t-on voir, un jour, l’occasion d’une prise de conscience dans ce chaos destructeur - le moment où ce pays aurait enfin réalisé, toutes couches sociales et partis confondus, qu’il ne pouvait plus cumuler sans réagir un chômage persistant, une incapacité chronique à s’attaquer à la réforme de l’Etat, aux déficits des caisses de retraite et de protection sociale et une population d’origine immigrée que cet immobilisme frappe de plein fouet et jette dans la révolte. Il est possible que cette épreuve soit, au bout du compte, salutaire mais, outre que c’est encore loin d’être prouvé, ce nouveau coup achève aujourd’hui de disqualifier la France. Vue de l’étranger, la France est au creux de la vague pour trois raisons. La première est qu’elle s’est privée pour un long moment de son rôle moteur dans l’Union en rejetant et tuant au printemps dernier le projet de Constitution européenne. Le problème n’est pas là de savoir si elle eu tort de raison de le faire, si ce projet était aussi haïssable que l’ont dit ses adversaires ou aussi prometteur que l’ont vainement plaidé ses avocats. Le problème est que la France s’était battue pour ce texte, pour que l’Union s’affirme là, comme elle le souhaitait, en un ensemble politique à même de peser sur la scène internationale, et qu’elle a parue incohérente en le rejetant. Dans les instances communautaires, ses représentants sont dès lors apparus déconnectés de ses citoyens, incapables de se faire entendre chez eux et encore bien plus incapables, en conséquence, de faire valoir leurs idées à Bruxelles et d’y prévaloir. La France, deuxième problème, en est largement devenue muette sur la scène internationale car, si elle ne peut plus entraîner l’Union, son poids politique en est réduit à son poids propre, celui d’une puissance moyenne traversée de grandes difficultés que cette crise des banlieues, troisième problème, vient cruellement souligner. Culturelle, générationnelle, identitaire, aussi complexe qu’elle soit, cette crise n’aurait en effet pas pris de telles dimensions si le chômage n’était pas aussi élevé en France et n’y bloquait pas tant l’ascenseur social et, donc, les capacités d’intégration. La France apparaît là comme l’homme malade de l’Europe et, outre que cela réduit encore son poids politique et son audience dans le monde, la presse anglo-saxonne dont le rayonnement international est tout autre que celui de la presse française a beau jeu de marteler que la grenouille n’est décidément pas un bœuf.

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