Leur victoire est nette. En remportant la majorité à la Chambre des Représentants et progressant au Sénat, en le remportant peut-être aussi – on ne sait pas encore - les Démocrates ont infligé une sévère défaite à Georges Bush. Ils sont, désormais, en position d’imposer des compromis à la Maison-Blanche, non pas de prévaloir sur le Président qui, constitutionnellement parlant, pèse autant que le Congrès mais de faire prendre leurs vues en compte et de co-définir, ainsi, les politiques intérieure et étrangère des Etats-Unis. Georges Bush devient ce qu’on appelle, à Washington, un « lame duck », un canard boiteux, un Président en fin de mandat, ne disposant plus vraiment des leviers du pouvoir et dont les deux dernières années de présidence seront ingrates et bien difficiles à conduire. Si les Démocrates, de surcroît, n’avaient pas su revenir en force alors même que Georges Bush a conduit son pays dans l’aventure irakienne et que six Américains sur dix jugent sévèrement cette impasse, c’eût été la preuve que les Etats-Unis avaient profondément et durablement basculé à droite, que le conservatisme dominait la scène américaine au-delà même des événements du moment. Ce n’est donc pas le cas. Les Démocrates ont, ce matin, toutes les raisons de se réjouir mais leur victoire ne sera pas facile à gérer. Elle est, en fait, redoutable puisqu’ils devront, maintenant, proposer une sortie de crise irakienne, montrer leur valeur ajoutée et non pas se laisser engluer, à leur tour, dans ce bourbier, alors même qu’il n’y a plus de bonne solution à Bagdad. Si les Etats-Unis maintiennent leurs troupes en Irak, non seulement les pertes américaines se multiplieront mois après mois, mais ils continueront d’offrir des cibles et un prétexte - l’ingérence étrangère - aux attentats quotidiens. Plus longtemps les Etats-Unis resteront dans ce pays plus longtemps dureront leur humiliation et leur paralysie, surtout, sur la scène internationale mais quelles seraient, aujourd’hui, les conséquences d’un retrait, fût-il non pas soudain mais progressif ? Elles seraient tout autant catastrophiques, voire plus encore. Dans le vide qui serait alors créé, la guerre civile qui fait déjà rage entre chiites et sunnites redoublerait de vigueur et les pays voisins joueraient tous leurs cartes dans ce chaos, bien plus ouvertement et directement qu’aujourd’hui, en soutenant les uns ou les autres. Arabie saoudite en tête, les pays sunnites soutiendraient les sunnites irakiens par crainte de laisser l’Iran chiite prendre le contrôle de l’Irak. L’Iran, parallèlement, appuierait plus encore les chiites et la seule perspective d’une sécession kurde enflammerait encore plus la région. Il n’y a guère plus d’autre solution, désormais, que de tenter de rebattre les cartes régionales premièrement en recherchant un nouvel équilibre proche-oriental avec l’Iran et, deuxièmement, en relançant et imposant un règlement israélo-palestinien. En admettant même que les Démocrates y soient prêts, ils ne pourront pas décider seuls. Le premier message de ces élections est que l’Amérique n’est décidément pas dans une bonne passe.

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