L’essentiel, comme il se doit, était à la fin, dans la péroraison. « Ayez confiance en l’Europe », lance Nicolas Sarkozy aux élus américains à la fin de son discours d’hier devant le Congrès avant de plaider, en quelques paragraphes, pour ce que les Etats-Unis n’ont, jusqu’ici, jamais accepté. « Il y a plus de crises que de capacités pour y faire face, dit-il. L’Otan ne peut être partout, façon de dire, que l’Amérique ne peut pas l’être. Tous nos alliés, à commencer par les Etats-Unis, poursuit-il, ont un intérêt stratégique à ce que l’Europe s’affirme comme un partenaire de sécurité crédible et fort » et vient, alors, la phrase clé, la raison d’être, en vérité, de cette offensive de charme que Nicolas Sarkozy vient de mener à Washington. « Plus l’Europe de la Défense sera aboutie, dit-il aux sénateurs et aux représentants, plus la France sera résolue à reprendre toute sa place dans l’Otan ». C’est la grande idée de ce président, le premier de ses objectifs diplomatiques : convaincre les Etats-Unis d’accepter enfin que l’Europe prenne en mains sa Défense, de ne plus y faire obstacle comme ils l’ont toujours fait, et leur offrir en échange, en gage de confiance, le retour de la France, du plus indépendant de ses alliés depuis le général De Gaulle, dans le commandement intégré de l’Alliance atlantique. Déjà caressée par Jacques Chirac qui s’était heurté, bien avant la crise irakienne, à un total refus de Washington, c’est une idée fondamentale car le jour où l’Union européenne aurait une Défense commune, il n’y aurait plus une mais deux puissances occidentales, déjà économiquement égales mais qui le deviendraient militairement aussi. Ce jour là, non seulement l’Europe et l’Amérique pèseraient d’un poids égal sur la scène internationale, non seulement la concertation entre les deux rives de l’Atlantique deviendrait incontournable mais l’Union serait en marche vers son unité politique car, qui dit Défense commune, dit stratégie, planification et budget communs, diplomatie commune, action et décision communes – tout ce qui amorce un gouvernement commun. C’est en raison de sa dynamique que les Etats-Unis ont toujours torpillée cette ambition mais Nicolas Sarkozy fait le pari que, « dans la difficulté, dans l’épreuve », les deux mots qui ouvraient presque son discours, les Etats-Unis pourraient, maintenant, se résoudre à accepter ce qui serait devenu acceptable pour eux, voire souhaitable. Le Président de la République n’a certainement pas tort de tenter cela. Si ce tournant était pris, le monde s’en porterait moins mal mais, dans cet important discours, il y eut des faiblesses et des dérapages. Ne rien dire de l’Irak, c’était étrange. Réduire, de fait, la crise avec le monde islamique au « terrorisme », c’était au moins insuffisant. Appeler l’Amérique à être « fidèle à ses valeurs fondatrices » sans une allusion, même voilée, à Guantanamo et aux prisons secrètes, ce n’était pas digne d’un « ami debout ». Aller parler, surtout, devant le Congrès américain, de réformes introduites en France et y dire, à des élus étrangers : « Je ne reculerai pas », c’était gênant, pour ne pas dire plus.

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