Et maintenant l’Italie. Il y avait, déjà, la Belgique, sans gouvernement et en état d’éclatement croissant ; l’Allemagne où la coalition gouvernementale se déchire tandis que la gauche, Verts et sociaux-démocrates à égalité, affirme une majorité dans les sondages ; la Grande-Bretagne où la coalition de droite n’est pas, non plus, d’une grande solidité et où l’opposition travailliste a repris du poil de la bête six mois seulement après avoir perdu les élections ; il y avait, bien sûr, la France où le chef de l’Etat est au plus bas dans les sondages parce qu’une large partie de la droite, de son propre camp, le rejette aujourd’hui. La fragilité et l’incertitude politiques étaient, en un mot, déjà grandes dans beaucoup de pays européens et voilà maintenant que l’Italie danse, depuis hier, avec une crise gouvernementale de première ampleur. Chef de file d’une des composantes majeures de la coalition de droite au pouvoir, le président de la Chambre, Gianfranco Fini a exigé hier que Silvio Berlusconi, le président du Conseil, démissionne et renégocie la composition et le programme de son gouvernement, faute de quoi, a-t-il déclaré, les quatre ministres de son parti s’en retireraient. Ce n’est qu’une menace. Gianfranco Fini n’a pas fixé de date à cet ultimatum mais l’affaire est sérieuse car c’est un véritable réquisitoire, un discours de rupture, qu’il a prononcé contre la majorité dont il fait jusqu’à présent partie. A destination de Silvio Berlusconi, empêtré dans des scandales financiers et d’incessantes révélations sur les orgies qu’il organise avec de jeunes prostituées, il a déploré la « décadence morale » dans laquelle plonge l’Italie et rappelé la nécessité de « l’exemplarité » des personnalités politiques. Dans une attaque frontale contre la Ligue du Nord, pilier de la majorité et formation ouvertement hostile au Sud du pays, il s’est insurgé contre ce parti qui « ne s’intéresse à rien de ce qui se passe au sud du Pô », le fleuve qui sépare les deux Italie. Plus irréparable encore, Gianfranco Fini a dénoncé un gouvernement qui, a-t-il dit, « ne gouverne pas » et ainsi créé une situation dans laquelle ses ministres ne pourront plus longtemps rester en place à moins que Silvio Berlusconi, hypothèse tout aussi improbable, ne cède à ses exigences. Virtuellement, la coalition italienne a vécu mais c’est peut-être le pire des scénarios qui se met en place, celui d’une longue agonie de ce gouvernement, car Gianfranco Fini et son parti, Avenir et liberté, ne semblent guère décidés à le faire tomber d’un coup. De crainte d’heurter les électeurs de droite qui pourraient leur reprocher d’avoir trahi leur camp et ajouté une crise politique aux difficultés économiques de l’Italie, ils pourraient préférer soutenir la coalition dont ils se seraient retirés en lui apportant leurs voix au cas par cas, tantôt « oui » tantôt « non », dans une contestation permanente qui n’aboutirait pas immédiatement à des élections anticipées. L’Italie ne serait alors plus seulement mal gouvernée mais franchement ingouvernable avec une droite en guerre civile, une gauche peu prête à la relève et un Président du Conseil dans une position extrêmement originale car, sitôt qu’il perdra l’immunité que lui accorde sa fonction, il sera convoqué par la Justice.

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