Au risque d'une guerre ouverte, les Saoudiens ne veulent plus laisser l'Iran marquer des points dans tout le Proche-Orient

Depuis la proclamation de la République islamique, c’était une guerre permanente mais par procuration. Dès la chute du Chah, il y a près de 39 ans, Téhéran et Ryad  s’étaient engagés dans une bataille rangée pour la prééminence régionale que les Saoudiens voulaient conserver et les Iraniens reconquérir, treize siècles après la chute de la Perse dont ils sont les descendants. 

        Cet affrontement était également religieux puisque les Iraniens sont chiites alors que les Saoudiens sont sunnites et tandis que les uns agitaient et organisaient les minorités et les pouvoirs chiites, les autres finançaient ceux des sunnites qui s’opposaient à eux, Saddam Hussein dans la guerre Iran-Irak ou la quasi-totalité des insurgés syriens. 

        La nouveauté est que cette guerre de l’ombre, l’Iran est en train de la gagner, dans tout le Proche-Orient, et que le nouvel homme fort de la monarchie saoudienne, le prince héritier Mohamed ben Salmane, 32 ans, a décidé de relever le gant sur tous les fronts, internes et externes, au risque d’aller à un affrontement direct avec l’Iran. 

        Pour cimenter la jeunesse d’un pays dont les moins de trente ans représentent près des deux tiers de la population, il a autorisé l’ouverture de salles de cinéma, permis aux femmes de conduire et lancé, samedi, une spectaculaire campagne anticorruption dont les premières victimes ont été des intouchables, ministres, grandes fortunes et princes du sang. Mohamad ben Salmane, dit « MbS » par ses jeunes partisans de l’élite modernisatrice, veut ainsi ranger son pays derrière lui dans l’hypothèse d’une guerre ouverte avec l’Iran face auquel il fait désormais monter les enchères. 

Samedi, un missile est intercepté au-dessus de Ryad. Il a été lancé du Yémen par les Houthis, des chiites zaidites soutenus par l’Iran dans leur rébellion contre la majorité sunnite que soutiennent les aviations de l’Arabie saoudite et des autres monarchies du Golfe. C’est le deuxième incident de ce type mais, cette fois-ci, MbS dénonce « une agression militaire directe du régime iranien » à laquelle Ryad « se réserve le droit de répondre ». 

        Si ce n’est pas une déclaration de guerre, cela y ressemble d’autant plus que, parallèlement, MbS a aussi relevé le gant au Liban en conduisant le Premier ministre sunnite, Saad Hariri, à démissionner et dénoncer la mainmise iranienne sur son pays. L’Arabie saoudite vient là d’ouvrir un bras de fer avec le Hezbollah, la toute puissante organisation politico-militaire des chiites libanais que les Iraniens ont engagée en Syrie où se trouvent aujourd’hui les meilleurs de ses combattants, en appui au régime Assad. 

        La contre-offensive saoudienne est très pensée. Soutenue par les capitales sunnites, elle l’est aussi par Donald Trump et, tandis que la Russie grogne de plus en plus fort, la sympathie israélienne va clairement à Ryad. 

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