Emmanuel Macron a été critiqué pour avoir réclamé une "vraie armée européenne", qui n'est pas d'actualité, alors que le chantier de la défense européenne avance pour la première fois depuis longtemps, dans un climat de défiance vis-à-vis du protecteur traditionnel américain.

Soldat allemand en patrouille en août 2018 dans le nord du Mali, où un contingent allemand est déployé aux côtés des troupes françaises et maliennes.
Soldat allemand en patrouille en août 2018 dans le nord du Mali, où un contingent allemand est déployé aux côtés des troupes françaises et maliennes. © AFP / SEYLLOU / AFP

Le débat sur l’Europe de la défense est un serpent de mer de la construction européenne, qui a généré plus de colloques que de manœuvres militaires. Mais la défense est aussi un sujet central de la souveraineté des États, ce qui explique sa nature ultrasensible.

Emmanuel Macron en a fait l’expérience cette semaine, pour avoir réclamé mardi, chez nos confrères d’Europe1, une  « vraie armée européenne » pour défendre le continent face à la Russie. De tous côtés, les critiques ont fondu sur le Président, jusqu’à Laurent Wauquiez, le chef de file des Républicains, qui, à ce micro hier, dénonçait un « fantasme ».

Il est peu probable que le Président ait eu à l’esprit l’émergence d’une armée continentale intégrée, avec des soldats de toutes nationalités. Ce n’est pas d’actualité. De telles unités existent déjà, comme la Brigade franco-allemande fondée en 1989 ; mais nous sommes plus dans le registre du symbolique que dans la préfiguration de l’armée de demain. 

Il parlait plus sûrement des initiatives en cours en matière de défense entre plusieurs pays d’Europe, et qui avancent pour la première fois depuis longtemps.

La Ministre de la défense, Florence Parly, a été directe, en septembre : « nous ne pourrons pas nous abriter éternellement derrière le paravent américain », a-t-elle dit aux cadres de la défense nationale. Une retombée de l’effet Trump, évidemment, mais pas seulement, l’analyse que l’Europe doit en faire plus.

Hier, neuf ministres de la défense européens étaient réunis à Paris. Le cadre de cette première rencontre n’était ni l’Otan, ni l’Union européenne, mais un nouvel acronyme sur le continent : IEI, initiative européenne d’intervention.

L’IEI est totalement inconnu, et pour cause, cette structure n’a été fondée qu’en juin dernier sur proposition française. Elle regroupe les pays « capables et volontaires », selon la formulation officielle, pour aller plus loin sur un plan opérationnel.

L’idée est celle d’une Europe à géométrie variable. Les pays qui veulent avancer sur un sujet s’organisent, et laissent la porte ouverte à ceux qui veulent les rejoindre en route.

S’il n’y avait que neuf pays à cette réunion, on y retrouve à côté de la France, l’Allemagne, mais aussi le Royaume Uni, qui, malgré le Brexit, restera arrimé à l’Europe sur la sécurité. La France et le Royaume Uni ont les deux principales armées d’Europe, dotées des moyens et d’une culture d’intervention.

La France et l’Allemagne ont leurs coopérations spécifiques, comme l’engagement à produire ensemble l’avion de combat et le char du futur, des projets industriels inédits. Au niveau des 27, d’autres initiatives sont lancées, notamment un fonds de défense qui soutiendra les efforts de recherche.

Mais il a toujours manqué jusqu’ici la volonté politique de s’émanciper. Ce qui n’est pas possible à 27 le sera peut-être à 9 ou 10. Emmanuel Macron en fait un argument de « vente » politique de l’Europe qu’il pousse depuis deux ans : la campagne des élections européennes de mai prochain est bel et bien lancée.

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