Dans une interview-choc à "The Economist", le président considère que l’Otan est en état de "mort cérébrale" et veut réveiller une Europe "au bord du précipice". Mais sa méthode pourrait se révéler contre-productive.

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron © AFP / John THYS

Emmanuel Macron a lancé un énorme pavé dans la mare européenne. Et il a choisi pour le faire l’influent magazine britannique The Economist, le meilleur moyen d’être lu dans toutes les capitales. Emmanuel Macron est aujourd’hui en couverture, avec une mise en garde à l’Europe qui est, selon ses mots, "au bord du précipice".

Ce sont les commentaires du président français sur l’Otan, l’alliance militaire dirigée par les États-Unis, qui suscitent le plus de commentaires – et de critiques. Le président dit : 

Ce qu’on est en train de vivre, c’est pour moi la mort cérébrale de l’Otan. Il faut être lucide.

Un commentaire sans appel après ce qui s’est passé dans le nord-est de la Syrie, où les Américains ont retiré leurs troupes sans même prévenir leurs alliés comme la France qui a également des hommes sur place ; et où un autre membre de l’Otan, la Turquie, a agressé les Kurdes syriens, pourtant le fer de lance de la coalition internationale contre Daech.

Emmanuel Macron va plus loin encore, en mettant en doute la crédibilité de l’Article 5, cette clause au cœur de l’alliance atlantique, qui prévoit le soutien militaire automatique à tout membre de l’Otan attaqué. A quelques semaines du sommet du 70ème anniversaire de l’OTAN à Londres, c’est un vrai réquisitoire.

Ces propos ont suscité de nombreuses critiques

Au moment où l’interview du Président commençait à circuler hier, le Secrétaire Général de l’Otan, le norvégien Jens Stoltenberg, rencontrait Angela Merkel à Berlin. Tous deux ont tenu à marquer leur désaccord, la Chancelière allemande disant clairement qu’elle ne partageait pas le jugement du Président français. 

Les milieux atlantistes européens ont vivement critiqué ces propos d’Emmanuel Macron, en soulignant que l’Europe n’avait ni les moyens, ni la volonté de se passer du parapluie américain, vieux rêve français depuis le général de Gaulle. Les seuls à avoir salué ces déclarations, avec un malin plaisir, ce sont les Russes !

Emmanuel Macron veut clairement susciter un réveil de l’Europe, et il pense que la prochaine mise en place de la nouvelle Commission Von der Leyen est le bon moment. 

La question est de savoir si c’est la bonne méthode

L’Europe est contradictoire. Elle s’auto-flagelle quand il n’y a pas de leadership, mais est prompte à critiquer celui qui sort la tête du rang. Quand la France parle d’autonomie stratégique, certains Européens entendent hégémonie française…

Mais si la méthode et les propositions d’Emmanuel Macron dérangent, son diagnostic est peu contestable : l’Europe est en effet menacée de décrocher dans le nouveau monde dominé par le duopole chinois et américain. Elle risque de perdre sa souveraineté technologique et stratégique si elle ne s’assume pas en tant que puissance à part entière.

Il y a trente ans, l’Europe se réunifiait dans la joie de la chute du mur de Berlin, et pensait que c’était « la fin de de l’histoire ». ; elle a du mal à s’adapter à un monde de nouveau fondé sur les rapports de force. L’histoire dira si, en jouant les Cassandre, Emmanuel Macron aura provoqué le sursaut espéré, ou si ses provocations verbales auront eu l’effet opposé.

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