Président du Conseil, supposé donc respecter les institutions de son pays, Silvio Berlusconi vient d’envoyer au diable la Cour constitutionnelle italienne. « C’est un organe politique, elle est de gauche. Vive l’Italie et vive Berlusconi ! », a-t-il déclaré, hier, hors de lui, après que la Cour eut jugé contraire au principe d’égalité inscrit dans la constitution la loi qu’il avait fait adopter pour s’assurer une immunité le mettant à l’abri des poursuites judiciaires. Sur cette lancée, Silvio Berlusconi s’en est également pris au chef de l’Etat, Giorgio Napolitano. « Vous savez de quel côté il est », a-t-il lancé avant d’ajouter : « Je me moque ce que dit le chef de l’Etat » et les raisons de ces débordements sont parfaitement claires. Chef du gouvernement d’un des six pays fondateurs de l’Union européenne, Silvio Berlusconi a tout simplement les juges aux trousses dans au moins deux affaires. Un avocat britannique a été condamné, en février dernier, à quatre ans et demi de prison pour avoir produit un faux témoignage le protégeant, lui et son groupe, la Fininvest. Cet avocat, David Mills, avait reçu pour cela 600 000 dollars et le président du conseil vient d’être également reconnu civilement « coresponsable » dans une affaire de corruption de magistrat pour laquelle la Fininvest a été condamnée à verser 750 millions d’euros de dommages au groupe de Carlo de Benedetti, propriétaire de la Repubblica, le quotidien devenu la principale force d’opposition italienne. C’est parce qu’il se savait menacé d’être personnellement poursuivi dans ces affaires que Silvio Berlusconi, l'année dernière, sitôt revenu au pouvoir, avait fait voter cette loi mais depuis hier, depuis l’arrêt de la Cour constitutionnelle, il peut à nouveau être convoqué par les juges, interrogé et, éventuellement, inculpé. L’Italie sera désormais gouvernée par un suspect sur lequel pèsent déjà de lourds faisceaux de présomption et qu’on va régulièrement voir se rendre aux Palais de Justice accompagné de ses avocats. Nous allons continuer, nous devons gouverner », a-t-il aussitôt dit. Silvio Berlusconi n’est pas homme à considérer qu’un chef de gouvernement ne peut pas même être soupçonné d’agissements contraires à la loi. Il va s’accrocher au pouvoir, se battre, faire feu de tout bois, peut-être même faire descendre ses partisans dans la rue. L’Italie a tout à perdre à cette obstination mais lui rien car, dans cette descente aux enfers, ses atouts sont nombreux. Il contrôle les télévisions publiques et possède les privées. Il est immensément riche et cela peut, naturellement, aider. Il a surtout l’énorme avantage de dominer une scène politique sur laquelle l’opposition de gauche fait bien pâle figure, empêtrée qu’elle est, comme l’ensemble de la social-démocratie européenne, dans sa crise identitaire, ses divisions et sa panne d’idées. Silvio Berlusconi est loin d’être politiquement mort mais, ajouté aux remous provoqués par ses liaisons avec des mineures et des call-girls, à la réprobation du Vatican et aux fissures qui s’élargissent dans sa majorité, cet arrêt de la Cour constitutionnelle commence à faire beaucoup.

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