Bonjour, vous le disiez de Bulgarie car Mikhaïl Gorbatchev y réunit, depuis hier, un séminaire consacré à l’unification du continent européen. Il y a, là, à Sofia, une trentaine de spécialistes des relations internationales venus de l’Union européenne, des Etats-Unis et de la Fédération de Russie, et ce qui frappe, à l’issue des premiers débats, c’est à quel point cette idée d’un rapprochement entre l’Union européenne et la Fédération de Russie a, maintenant, pris corps. La première raison en est que les Etats-Unis ont, désormais, renoncé à la politique d’encerclement la Russie qui avait longtemps été celle de Georges Bush. Longtemps, ils avaient voulu élargir l’Otan jusqu’aux frontières russes, y intégrer l’Ukraine et la Géorgie, mais non seulement Barack Obama a tourné cette page car il a compris qu’il avait besoin de la Russie sur la scène internationale, contre l’Iran, face à la montée de la puissance chinois et devant la résurgence des taliban afghans, mais, avant lui, dans les derniers mois de la présidence Bush, les Etats-Unis n’avaient pas bougé lorsque la Géorgie s’était trouvée aux prises avec la Russie. Ils avaient, alors, laissé l’Europe calmer le jeu et, deuxième raison de cette évolution, les pays d’Europe centrale avaient bien dû en conclure qu’ils ne pouvaient pas compter sur Washington et qu’ils étaient condamnés à s’entendre avec Moscou, à s’appuyer sur cette Union dont ils font partie pour chercher et trouver un modus vivendi continental. Ils s’y étaient d’autant plus facilement résignés, Pologne en tête, que la Russie, troisième raison de ce changement, leur fait de moins en moins peur parce que sa démographie régresse, que son économie n’est guère brillante et que son armée n’a plus de quoi inquiéter quiconque, Tchétchènes mis à part. La Russie a perdu griffes et dents et, quatrième raison de ce changement d’ère qu’on sent ici, elle n’aspire plus qu’à s’arrimer aux Occidentaux et à se rapprocher, pour cela, de l’Union européenne car ce ne sont plus les Etats-Unis qui l’inquiètent mais le monde islamique qui bouillonne à ses frontières orientales et la Chine dont les commerçants colonisent toujours plus la Sibérie. L’espoir de la Russie est aujourd’hui l’Europe et les hommes qui gravitent autour de son président, Dmitri Medvedev, le disent, ici, expliquant sans détours que leur pays a besoin du savoir-faire européen et d’accords avec l’Union qui le contraindraient à s’engager sur la voie, non pas encore de la démocratie mais, au moins, de l’Etat de droit. Les Américains approuvent, plutôt intéressés par l’idée que l’Union européenne puisse canaliser la Russie et la dissuader de chercher d’autres alliances, et les Européens, bien sûr, tendent l’oreille car la Russie pourrait leur offrir, à la fois, un immense marché et la garantie de leurs approvisionnements énergétiques. Quelque chose bouge, si profondément qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy doivent bientôt envisager ces perspectives avec Dmitri Medvedev. Une perspective se rouvre et Mikhaïl Gorbatchev n’a pas tort de dire que, si on l’avait écouté il y a vingt ans, lorsqu’il proposait sa « sa maison commune européenne », l’Europe n’aurait pas pris, aujourd’hui, tant de retard sur l’Asie.

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