C’est avec une exquise modestie que Vladimir Poutine a fêté hier ses 60 ans. Il n’y a pas eu de défilés militaires, pas même de cadeaux envoyés par les Républiques, villes et provinces de la Fédération. Non, ce n’était pas la Corée du Nord mais seulement l’inexorable accentuation de cette dérive despotique dans laquelle la Russie plonge toujours plus profondément.

A Saint-Pétersbourg, sa ville natale où le président était allé fêter l’événement « avec ses amis et sa famille », le gouverneur a salué en lui un « dirigeant fort » et un « homme politique de grande sagesse ». Le patriarche de l’égalise orthodoxe a rendu hommage à ce « visionnaire et véritable patriote ». Une galerie de Moscou lui a consacré une exposition de tableaux le montrant en « homme des plus bienveillants ». Un ballon en forme de gâteau d’anniversaire flottait sur la Moskova. Bref trois fois rien, tout en discrétion, et la chaîne de télévision NTV a diffusé un portrait de lui, fruit d’une semaine en sa compagnie et plein de ces petits moments d’intimité qui font la simplicité d’un grand.

La Russie a vu son président s’entrainer dans la salle de sports de sa résidence des alentours de Moscou et nager dans sa piscine sous le regard de son fidèle labrador. La Russie a vu son président fin, jeune et tout en muscles, tellement en forme que l’on ne pouvait pas douter un instant qu’après avoir été huit ans président et quatre ans Premier ministre, il était tout prêt à exercer les deux mandats de six ans que lui autorise la Constitution et à gouverner ainsi jusqu’en 2024.

Pour ceux qui n’auraient pas compris, Vladimir Vladimirovitch a d’ailleurs expliqué que, s’il y avait « des gens en désaccord sur certaines choses, il ne fallait pas faire comme s’il s’agissait de tous les citoyens » puisque « la majorité écrasante, a-t-il dit, me soutient et me permet de remplir les fonctions d’Etat que j’exerce jusqu’à présent ».

Ce n’était pas complètement faux. Majoritaire ou minoritaire – comment le dire avec des élections truquées ? – toute une partie de la population russe continue de soutenir cet homme qui incarne, à ses yeux, la stabilité mais les villes se sont détournées de lui. Toute cette population urbaine, jeune et dynamique qui fait tourner l’économie du pays le rejette massivement et ce président n’incarne plus l’avenir mais une régression.

Après avoir redonné une fierté nationale à la Russie en rompant avec les années Eltsine sous lesquelles il s’était pourtant propulsé dans les cercles dirigeants, Vladimir Poutine n’incarne plus que son appétit de pouvoir et tout ce qu’il sait proposer à la Russie est de se détourner de l’Europe pour s’accrocher à la Chine. Ce n’est pas à Pékin qu’on l’interrogera sur son respect des droits de l’homme ou son soutien à Bachar al Assad. La Chine est prête à lui acheter tout son pétrole. La Chine colonise lentement la Sibérie russe en y envoyant sa main-d’œuvre et ses marchands mais qu’importe car, en ancrant son pays à l’Asie, ce si bienveillant président peut continuer de faire passer les lois qui auront bientôt achevé de criminaliser toute opposition. Vladimir Poutine devient un despote oriental, un président à vie, comme le Proche-Orient n’en veut plus et il y a, là, comme un anachronisme.

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