Lorsque je lui ai demandé, hier, si ce n’était pas plutôt le Conseil européen que la Commission qu’il devrait critiquer aussi vivement qu’il venait de le faire, Jean-Luc Mélenchon s’est fâché, voire emporté. Il semble avoir vu là une question piège, une volonté de lui nuire ou que sais-je encore mais ce n’était absolument pas le cas. Outre que je n’ai aucune antipathie personnelle pour lui et que j’admire son éloquence, je considérais simplement cette question comme nécessaire pour deux raisons.

La première est qu’il y a urgence à prendre soin de clarifier, dans le débat public, le fonctionnement des institutions européennes afin que les citoyens de l’Union puissent enfin comprendre qui y fait quoi et à qui ils peuvent demander compte d’une décision, bonne ou mauvaise. C’est d’autant plus indispensable que des règles communes plafonnant strictement l’endettement et le déficit budgétaire des Etats, les politiques menées par l’Union ont maintenant un impact direct sur la vie quotidienne des Européens, leurs revenus, leurs impôts, leur niveau de vie et de protection sociale.

Il y a, de fait, un gouvernement européen, à bien des égards plus puissant que les gouvernements nationaux, mais ce gouvernement n’est pas la Commission européenne. La Commission, celle que préside jusqu’à l’été 2014 José Manuel Barroso, s’occupe de bien des choses, de bien trop de choses y compris inutiles, mais l’essentiel des décisions européennes est pris par le Conseil européen, par la réunion des vingt-huit chefs d’Etat et de gouvernements, autrement dit François Hollande, Angela Merkel et les 26 autres dirigeants nationaux élus dans chacun des pays membres.

Les traités, les grandes décisions, les orientations futures de l’Union, tout ce qui fait les politiques de l’Europe, ce sont les dirigeants nationaux qui en décident à l’issue de difficiles compromis et la Commission n’est là que pour veiller à l’application de ces décisions, à leur respect et leur mise en musique.

Elle peut le faire bien ou mal, avec trop de zèle ou pas assez. Elle peut se montrer insupportablement maladroite dans la manière dont elle rappelle chacun des gouvernements nationaux à l’application des traités et des décisions prises en commun. C’est en ce sens qu’elle peut être sujette à critiques mais, dès lors qu’il s’agit du fond et non pas de la forme, ce n’est pas la Commission – dont tous les membres sont de surcroît choisis par les dirigeants nationaux – qu’il faut applaudir ou mettre en accusation mais le Conseil, l’ensemble de nos dirigeants nationaux qui constituent, à eux tous, le seul vrai gouvernement de l’Union.

Il est important de le savoir car il serait souvent nécessaire de rappeler à ces 28 dirigeants que « Bruxelles » n’est personne d’autre qu’eux-mêmes et, surtout, parce qu’il y a un moyen de modifier les politiques européennes si l’on n’en est pas satisfait – ce qui est visiblement le cas de la majorité des Européens.

Ce moyen n’est pas d’accuser la Commission qui n’y peut mais, mais de changer la majorité du Conseil, une majorité libérale aujourd’hui, en changeant les dirigeants nationaux qui la forment. Savoir, c’est pouvoir et ce n’est pas là une idée qui devrait hérisser Jean-Luc Mélenchon.

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