C’est une ville qui va tomber. C’est une ville qui est en train de tomber. C’est une ville, Kobané, très importante ville kurde de Syrie, dont les défenseurs et ceux des habitants qui ne l’ont pas déjà fuie seront alors massacrés par les hommes de l’Etat islamique mais cette ville, personne ne vient à son secours. Elle n’est qu’à quelques kilomètres de la frontière turque mais la Turquie ne bouge pas alors même que son Parlement l’a autorisée, jeudi dernier, à intervenir contre l’Etat islamique, en Irak comme en Syrie. Kobané est également à portée, bien sûr, des aviations de la coalition formée conte les djihadistes mais ni les Etats-Unis, ni l’Europe, ni les pays arabes n’engagent vraiment leurs appareils dans cette batailleet en tout cas pas les hélicoptères qui seraient nécessaires. La Turquie reste l’arme au pied parce qu’elle ne veut pas contribuer, en sauvant Kobané, à l’affirmation d’un Kurdistan syrien aussi autonome que l’est celui d’Irak depuis un quart d’un siècle. Confrontée à l’existence d’une très forte minorité kurde dans ses propres frontières, la Turquie ne veut pas voir menacée son intégrité territoriale par une renaissance de l’ambition séculaire des Kurdes du Proche-Orient de pouvoir enfin s’unifier dans un Etat qui leur soit propre. C’est pour cela qu’elle laisse écraser Kobané sans bouger malgré les démarches de la France et quant aux Américains, aux Arabes et aux Européens, France comprise, s’ils ne veulent pas vraiment engager leurs aviations dans cette bataille, c’est qu’elle se gagnera sur le terrain et non pas dans les airs et qu’ils préfèrent donc ne pas intervenir qu’intervenir en vain. On comprend toutes ces raisons. Elles sont aussi claires que logiques. Elles ont pour elles la raison d’Etat et la raison tout court mais ce à quoi elles aboutissent n’est rien d’autre qu’une complicité, par abstention, de crime de guerre annoncé. On laisse faire le crime de masse qui sera bientôt commis et cela n’est pas seulement une inqualifiable infamie. Ce n’est pas seulement une parfaite ignominie mais également une gigantesque erreur historique, pire qu’un crime une faute politique majeure car qu’elles en seront les conséquences ? On les pressent en Europe même où des Kurdes désespérés ont envahi hier les Parlement néerlandais et européen pour appeler à l’aide. Les Kurdes vont se radicaliser et, d’abord, en Turquie où ils sont descendus hier aussi dans les rues pour appeler leur pays, la Turquie, à défendre leurs cousins syriens. Ce sont les gaz lacrymogènes et la violence qui leur ont répondu, faisant quatorze morts et de nombreux blessés. Quelque chose se rompt à nouveau entre la Turquie et ses Kurdes alors même qu’ils n’étaient plus loin d’arriver à un grand compromis négocié depuis plusieurs années. Par peur de se fracturer la Turquie se tire dans le pied et, si les choses durent ainsi, c’est tout le Proche-Orient et le monde qui devront faire avec une intransigeance kurde que leur cynisme aura trempée.

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