C’était juste et vrai, mais pas à la hauteur. Lorsque le Président français et la chancelière allemande se rendent ensemble au Parlement européen on attend d’eux qu’ils ouvrent à l’Union de nouveaux horizons et redonnent aux citoyens européens des raisons de croire en cette ambition d’unité politique dont ils ne perçoivent plus les ressorts.

Ce n’est pas ce qu’ils ont fait. François Hollande a eu raison d’insister sur la nécessité de doter l’Union d’une Défense commune. C’est un impératif à l’heure où le parapluie américain n’est plus que théorique mais où étaient les propositions concrètes pour aller de l’avant dans ce domaine tellement essentiel ?

Il n’y en eut pas. Il n’y eut qu’un vœu français qui disait, en creux, qu’on n‘y était pas encore alors que l’urgence devrait commander et lorsque la chancelière dit, à raison, qu’il faut réformer le droit d’asile en Europe, sortir de la vieille règle qui assigne un réfugié dans le pays de l’Union où la géographie l’a fait arriver, c’est la même chose.

C’est juste, c’est vrai, mais où sont les propositions qu'appelle ce propos ? Il n’y en eut pas non plus car la chancelière comme le Président marchaient sur des œufs, prudents, bien trop prudents, alors que la situation aurait exigé d’eux de l’audace, de vrais discours de vérité à la hauteur des défis lancés à l’Union, un parler vrai qu’attendent les citoyens européens et non pas ce mélange de vérités générales et de totale absence de nouveaux projets.

On n’aime pas le constater car c’est triste et plus encore inquiétant mais François Hollande et Angela Merkel n’avaient rien de neuf à dire hier aux Européens, rien qui vaille, si ce n’est leur foi dans l’unité européenne, une foi pleinement sincère - pas de raison d’en douter - mais la foi ne suffit pas si elle ne se traduit qu’en mots et non pas en actes. Tout cela était décevant et puis il y eut Mme Le Pen et c’est là qu’on aurait vraiment préféré que ce moment n’eût pas eu lieu.

Marine Le Pen intervenait au nom des nouvelles extrêmes-droites européennes, de ces gens qui se font élire au Parlement européen alors qu’ils ne détestent rien plus que l’Union et ne veulent que sa fin, et elle s’est surpassée en qualifiant le président de la République de « vice-chancelier allemand », en clair de traître à la patrie, de vendu à l’Allemagne qu’elle a accablée de tous les péchés du monde. C’était de la haine des Allemands à l’état pur, du nationalisme de 70, de 1870. On restait pantois devant ce désir d’en découdre une troisième fois - pourquoi mon dieu ? - mais le summum fut la dénonciation de l’euro comme une « vassalisation aux Etats-Unis ».

L’Europe se dote d’une monnaie mettant fin à l’hégémonie du dollar et ce serait là s’agenouiller devant l’Amérique ? La logique bleue marine est des plus mystérieuses.

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