Selon la police turque, le journaliste exilé Jamal Kashoggi, disparu lors d’une visite au Consulat saoudien à Istanbul, aurait été assassiné dans les locaux consulaires. Ryad dément mais n’explique pas la disparition du journaliste.

Tawakkol Karman, prix Nobel de la paix yéménite en 2011, brandit un portrait de Jamal Kashoggi lors d’un rassemblement devant le Consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, vendredi 5 octobre.
Tawakkol Karman, prix Nobel de la paix yéménite en 2011, brandit un portrait de Jamal Kashoggi lors d’un rassemblement devant le Consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, vendredi 5 octobre. © AFP / OZAN KOSE / AFP

Jamal Kashoggi a-t-il été assassiné à l’intérieur du consulat de son propre pays à Istanbul ? C’est ce que pense la police turque, six jours après la disparition du célèbre journaliste saoudien critique vis-à-vis du pouvoir saoudien. 

Si cette information des autorités turques était confirmée, ce qui n’est pas encore le cas, c’en serait fini de l’image de modernisateur que tente de projeter le jeune prince héritier Mohamed Ben Salman, qui dirige le royaume wahabite. Difficile de croire, en effet, qu’un tel acte ait pu être commis sans son feu vert, à l’encontre d’un journaliste influent, hier dans les cercles du pouvoir monarchique, aujourd’hui exilé et critique du maître de Ryad.

La dernière fois qu’on a vu Jamal Kashoggi vivant, c’est quand il a pénétré dans les locaux du Consulat saoudien à Istanbul pour une démarche administrative. Sa fiancée l’attendait à l’extérieur, mais il n’en est jamais ressorti. Selon la Turquie, il aurait été assassiné dans le Consulat par des agents saoudiens arrivés de Ryad, et qui seraient repartis avec un chargement.

Pourquoi s’en prendrait-on à Jamal Kashoggi ? La réalité saoudienne est que Mohamed Ben Salman, prince de 33 ans auquel son père, le roi Salmane, malade, a donné la réalité du pouvoir l’an dernier, ne tolère aucune résistance à son autorité absolue.

Peu après être devenu prince héritier, il a enfermé dans un palace de Ryad les plus grandes fortunes du royaume, qu’il n’a laissé sortir qu’au prix d’une amende faramineuse. Plus récemment, après avoir autorisé les femmes à conduire, il a fait arrêter plusieurs militantes féministes jugées trop remuantes. Certaines d’entre elles sont toujours en détention. 

Depuis son départ en exil l’an dernier, Jamal Kashoggi publiait une chronique dans le Washington Post. Il y critiquait vertement le pouvoir du prince. Dans son dernier texte, il lui demandait d’arrêter la « guerre cruelle » -ce sont ses mots- qu’il mène au Yémen : « le prince héritier doit mettre fin à la violence et rétablir la dignité du lieu de naissance de l’islam », écrivait ce Saoudien de 59 ans, qui refusait toutefois de se qualifier de « dissident ».

La première conséquence de cette affaire est de tendre les relations déjà difficiles entre la Turquie et l’Arabie saoudite, deux puissances régionales majeures au Moyen-Orient. La Turquie s’était déjà opposée au prince héritier saoudien lorsqu’il avait tenté d’isoler le Qatar l’an dernier. Ankara avait pris le parti du Qatar.

Si le meurtre était confirmé, l’impact serait plus profond. L’Arabie saoudite a déployé de grands efforts pour « vendre » au reste du monde une image modernisée avec son jeune prince héritier. De grands éditorialistes américains invités en ont chanté les louanges, et son entente avec Donald Trump est totale face à l’Iran.

Si cette affaire a peu de chances d’émouvoir Donald Trump, elle risque d’embarrasser d’autres pays, comme la France et les Européens, mal à l’aise sur le Yémen ou les droits de l’homme. L’affaire Kashoggi révèle au grand jour que derrière le modernisme du jeune prince, se cache une pratique très ancienne du pouvoir le plus absolu.

L’Arabie saoudite dément ces accusations, mais le seul moyen de la croire serait qu’elle accepte l’enquête internationale que réclament les défenseurs des droits de l’homme. Si on ne retrouve pas Jamal Kashoggi, tout accuse en effet Ryad.

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