Après la Biélorussie, la guerre Azerbaïdjan-Arménie, c’est le Kirghizstan, en Asie centrale, qui a connu des protestations contre des élections truquées. De quoi inquiéter le maître du Kremlin qui a des intérêts stratégiques dans cet ensemble de pays de l’ex-URSS.

De violentes protestations ont éclaté à Bishkek, la capitale du Kirghizstan, après les élections du 5 octobre. Le premier ministre a démissionné et les élections annulées.
De violentes protestations ont éclaté à Bishkek, la capitale du Kirghizstan, après les élections du 5 octobre. Le premier ministre a démissionné et les élections annulées. © AFP / VYACHESLAV OSELEDKO / AFP

Les uns après les autres, les clignotants de crise s’allument sur la carte de l’ex-Union soviétique. Dernier en date, le Kirgizstan, une République d’Asie centrale où des tripatouillages électoraux ont provoqué une révolte violente des citoyens et le départ du premier ministre.

Il n’y a certes pas de lien direct entre la contestation biélorusse, la guerre qui oppose l’Azerbaïdjan à l’Arménie autour du sort du Haut Karabakh, la révolte post-électorale au Kirgizstan, et la crise toujours sans solution en Ukraine. 

Mais ces éruptions se déroulent autour de la Russie, et dans ce que Vladimir Poutine considère assurément comme son arrière-cour. Des pays dans lesquels il a des intérêts directs, des accords de défense, des bases militaires, un investissement politique majeur. L’attitude de la Russie est donc déterminante dans le déroulement de ces crises ; et, surtout, la Russie elle-même est-elle si stable que ça ?

Le Kremlin n’a pas agi avec la même brutalité qu’en Ukraine en 2014, lorsqu’il avait occupé la Crimée et organisé la déstabilisation du Donbass. Poutine était persuadé d’avoir à faire à une « révolution de couleur » pro-occidentale, comme on appelait les soulèvements populaires dans les Républiques ex-soviétiques.

Même en Biélorussie, où les Occidentaux ont mis du temps à se mobiliser du côté des manifestants pro-démocratie, Poutine apporte son soutien au dictateur Alexandre Loukachenko ; mais sans, jusqu’ici, le recours à la force qui lui permettrait d’en finir avec les protestations de masse.

Même retenue dans le conflit Azerbaidjan-Arménie. Le Kremlin a fait savoir hier que les combats ne se déroulant pas en Arménie proprement dite, le traité de défense russo-arménien n’était donc pas activé. Ce qui préoccupe plus Poutine, c’est l’irruption de la Turquie comme acteur régional, brisant l’hégémonie russe sur le Caucase du Sud.

Combien de temps cette relative retenue russe durera-t-elle ? Difficile d’imaginer que Poutine renonce à jouer un rôle central dans l’ex-monde soviétique, lui qui a consacré tant d’efforts ces dernières années pour redonner sa place à la Russie. 

La Russie est-elle aussi menacée ? Les exemples donnés par les Biélorusses depuis deux mois, et les Kirghizes ces derniers jours, contre les fraudes électorales de leurs dirigeants, ont de quoi inquiéter le Kremlin. Car il y a les ingrédients d’un scénario possible en Russie, même si le pouvoir veille au grain.

On pense aussitôt à l’empoisonnement de l’opposant Alexei Navalny alors qu’il faisait campagne pour les élections régionales en Russie. Navalny a survécu à une tentative d’assassinat au Novitchok, comme vient de le confirmer une nouvelle analyse, provoquant de vives tension avec l’Europe.

Il y a assurément un changement générationnel dans la région, près de trois décennies après la mort de l’URSS. Navalny ne s’y est pas trompé qui a donné sa première interview à un média russe à une chaîne Youtube, vue des millions de fois en quelques heures. 

Cette aspiration au changement ne peut qu’inquiéter Poutine, surtout au moment où il vient de faire adopter la prolongation éternelle de son pouvoir.

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.