Pour ce qui est de la démocratie en Irak et de sa contagion à tout le Proche-Orient, on savait. Restait, alors, l’autre retombée promise du renversement de Saddam Hussein, l’inéluctable relance du processus de paix israélo-palestinien, et c’est, désormais, malheureusement, tout vu. A l’agonie depuis un mois déjà, la feuille de route, le plan de paix international que Georges Bush se faisait fort, au début de l’été, de faire aboutir, est maintenant mort, mort et enterré par la démission, samedi, de Mahmoud Abbas. Un échec après l’autre, c’est un rude coup pour le Président américain mais le paradoxe est qu’il se l’est infligé lui-même en ne soutenant pas un homme qu’il avait pourtant imposé, comme Premier ministre, à Yasser Arafat. Grande figure des luttes palestiniennes, Mahmoud Abbas, Abou Mazen de son nom de guerre, s’était très tôt démarqué de la deuxième Infifada en expliquant qu’elle ne mènerait qu’à l’impasse, qu’à toujours plus de représailles israéliennes, de misère et de souffrances et que l’objectif devait être, au contraire, de mettre fin aux violences, d’arrêter ces attentats et réunir assez de soutiens étrangers pour relancer des négociations. Clairvoyance et légitimité, Mahmoud Abbas était l’homme de la situation mais il ne pouvait pas réussir, son échec était programmé, si Ariel Sharon ne saluait pas aussitôt sa nomination par de vrais gestes de détente. Pour asseoir sa crédibilité et marginaliser les islamistes, Mahmoud Abbas avait besoin de faire voir aux Palestiniens que la voie du compromis payait, que l’Occupation s’allégeait, que des prisonniers étaient relâchés, qu’un espoir renaissait. Il avait besoin, pour cela, de Georges Bush, le seul homme qui puisse contraindre Ariel Sharon à vraiment jouer le jeu, à sortir de la logique absurde au nom de laquelle il est si vite revenu à son intransigeance habituelle, recommençant d’exiger la fin de toute violence avant toute véritable concession et refaisant ainsi des extrémistes les arbitres de la situation. Pour tenir, pour sortir les Palestiniens de leur aveuglement mais aussi pour aider les Etats-Unis à marquer des points, Mahmoud Abbas avait besoin que Georges Bush fasse autant pression sur Ariel Sharon qu’il l’avait fait sur Yasser Arafat mais le président américain s’en est abstenu. La spirale attentats, représailles, attentats, s’est à nouveau enclenchée et, maintenant que ce Premier ministre a claqué la porte, c’est Georges Bush qui est échec et mat, à Jérusalem comme à Bagdad, partout artisan de ses propres déboires. Deux ou trois messages clairs à Ariel Sharon auraient pu faire de lui l’homme d’un règlement israélo-palestinien mais il n’a pas su les envoyer. La préparation d’un plan d’aide massif à l’Irak lui aurait peut-être permis de se faire acclamer à Bagdad mais il y empêtre l’Amérique pour n’avoir rien su prévoir. L’inconséquence, sous ce Président, devient la marque des Etats-Unis, leur plus grand tort, et aujourd’hui que Georges Bush, devant l’ampleur du chaos irakien, veut appeler à l’aide ses alliés et l’Onu, il persiste à ne pas vouloir partager avec eux la gestion de cette crise. On s’en veut de le redire, mais il y a bien peu de lumière au bout de ce tunnel.

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