Peut-il encore perdre ? Georges Bush peut-il encore être battu par John Kerry ? De la réponse à cette question dépend l’avenir des relations transatlantiques, l’évolution de la guerre d’Irak et du conflit israélo-palestinien, de tout ce qui déterminera, en un mot, le visage de ce début de siècle, mais cette réponse, personne ne pourrait, aujourd’hui, la donner. La seule certitude est que ce n’est pas déjà joué. Pour l’heure, les sondages sont favorables à Georges Bush – onze points d’avance dans l’un, sept dans l’autre.C’est beaucoup plus marqué que l’habituel effet d’une convention, de la convention républicaine en l’occurrence qui vient de braquer, trois jours durant, toutes les caméras sur les Républicains. A deux mois de l’élection, l’Amérique penche pour une reconduction de Bush mais si rien n’est, pourtant, joué c’est que chacun des deux candidats garde ses atouts. La force du président sortant, c’est le terrorisme. Chaque coup de main lancé par les réseaux islamistes apporte de l’eau à son moulin car il ravive, en Amérique, la si présente blessure du 11 septembre. Si les sondages de la semaine sont si favorables à Georges Bush, c’est avant tout grâce à ce déluge d’attentats qui se succèdent à l’ouverture des journaux télévisés. Devant cette folie sanguinaire, les électeurs américains se disent que, quand bien même leur Président leur aurait menti sur la menace irakienne, une guerre est déclarée à laquelle il faut, sans hésiter répondre par la guerre, comme le fait Georges Bush qui, d’ailleurs, ne dit rien d’autre. Discret sur tous les sujets, Irak compris, il se contente de marteler aux électeurs qu’il ne laissera pas compromettre leur sécurité et ne demandera à personne – et surtout pas à la France – l’autorisation de défendre l’Amérique. Ca marche. Ca marche d’autant mieux que John Kerry ne peut ni dénoncer la guerre d’Irak sans sembler poignarder les soldats américains dans le dos ni promettre un retrait rapide – quatre ans dit-il – alors qu’aucun Président ne pourrait rappeler les troupes du jour au lendemain sans désormais risquer de décupler le chaos proche-oriental. La tâche de John Kerry n’est pas facile mais, outre que le pays reste fondamentalement coupé en deux, il y a un moment où la peur peut se retourner en sa faveur. Franchie hier, la barre des mille morts américains en Irak va peser dans le débat, donner à réfléchir, raviver les doutes sur cette guerre et de nouveaux attentats pourraient finir par faire voir, que non, le monde n’est pas du tout plus sûr grâce à Georges Bush. C’est alors l’économie qui ferait la différence et, sur ce terrain là, John Kerry est à l’aise car l’emploi industriel s’effrite et que c’est le travail sous-payé, sans garantie sociale d’aucune sorte, qui progresse au détriment des bons emplois. C’est l’autre insécurité, celle que les Américains ressentent au quotidien et c’est ce qu’ils expriment en déclarant avec constance que John Kerry est plus proche de leurs préoccupations que Georges Bush. Le suspens va durer.

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