Sur une échelle de 0 à 100, quel chiffre choisiriez-vous pour exprimer vos sentiments à l’égard de l’Union européenne ? Quelques semaines après l’échec du projet de Constitution, le German Marshall Fund, fondation américaine vouée à la promotion des relations transatlantiques, a fait poser cette question dans neuf des pays de l’Union. La moyenne des chiffres donnés s’établit à 67, soit une opinion très favorable, en complet décalage avec la crise que traverse désormais le projet européen mais, si notable soit-elle, ce n’est pas la plus frappante des réponses à cette enquête. Soixante-dix-neuf pour cent des Européens considèrent également que l’Union devrait exercer un « leadership fort dans les affaires internationales » et 66% d’entre eux estiment qu’elle devrait « devenir une superpuissance, comme les Etats-Unis ». Loin d’être spécifiquement française, cette aspiration est partagée par 71% des Polonais, pourtant réputés les plus hostiles à cette idée, 68% des Allemands, 69% des Néerlandais ou encore 81% des Portugais, presque autant que les Français qui sont, eux, 87% à le penser. Mieux encore, cette opinion est également celle d’une majorité d’Américains, 47% contre 36%, qui s’inscrivent ainsi en faux contre l’idée dominante à la Maison-Blanche. Mais qu’est-ce qu’une superpuissance aux yeux des Européens ? Ce n’est pas, répondent-ils, une puissance militaire. Si ce statut doit se payer d’une augmentation des budgets de la Défense, ils sont contre, non pas massivement mais nettement : à 52% contre 44%, sauf en France et en Grande-Bretagne où les proportions sont à peu près inverses. Aux yeux des Européens, l’Union doit donner la priorité à sa puissance économique, 63% contre 31%, mais elle devrait aussi resserrer ses rangs, parler d’une seule voix, affirmer son indépendance vis-à-vis des Etats-Unis – être, en un mot, politique. A l’exception des Britanniques qui sont contre, ils sont 60% - et 62% des Français - à souhaiter que la France et la Grande-Bretagne abandonnent leur siège au Conseil de sécurité au profit d’un siège de l’Union. Cinquante-cinq pour cent d’entre eux seraient favorables à ce que les armées européennes se fondent en une seule même si le chômage devait en être accru. Ils sont donc 67% à vouloir une Défense européenne et 55% plus d’indépendante de l’Europe vis-à-vis de Washington alors même que 52% des Américains voudraient, au contraire, que leur pays renforce ses relations avec l’Union plutôt que de s’en affranchir dans ses prises de décision. Tout se passe comme si la majorité des Américains souhaitait que l’Europe puisse freiner les tentations aventurières de leurs dirigeants tandis que la majorité des Européens veut ne pas pouvoir y être entraînés. Mais l’Europe est-elle anti-américaine ? Non. Pour 80%, des Européens, l’indépendance vis-à-vis des Etats-Unis doit être développée pour coopérer avec eux et non pas les concurrencer et 56% d’entre eux considèrent que l’Otan reste indispensable. Les Européens sont ambitieux, cohérents, sûrs d’eux-mêmes. Reste… à faire l’Europe.

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