Ce n’est pas seulement le commanditaire des attentats du 11 septembre, Oussama ben Laden, qui était saoudien. La majeure partie de leurs auteurs l’était aussi et c’est ce fait qui a totalement bouleversé, il y a cinq ans, la politique proche-orientale des Etats-Unis. Stupéfaits de constater que la foudre les avait frappés depuis un pays auquel ils étaient si étroitement alliés depuis si longtemps, les Américains se sont fébrilement interrogés. « Comment est-ce possible ? Pourquoi ? » se sont-ils demandé et ils ont alors réalisé qu’ils venaient de payer là l’appui inconditionnel que la Guerre froide et les besoins pétroliers leur avait fait accorder à une monarchie absolue qui se considère propriétaire des richesses nationales et dont le premier souci n’est pas le pluralisme. Ils ont d’un coup compris que les ressentiments des jeunes Saoudiens se tournaient contre eux, les protecteurs de la famille régnante, que la seule marge de liberté de ce royaume se trouvait dans les mosquées où se concentrait ainsi la contestation politique et qu’il leur fallait donc changer du tout au tout leur image, en Arabie saoudite et dans toute la région, s’ils voulaient priver le radicalisme islamiste de son terreau anti-américain. Nous devons devenir une force de changement au Proche-Orient, s’est-on dit à Washington, y devenir populaires en y soutenant les aspirations démocratiques contre les régimes en place et c’est de ce constat qu’est née la catastrophe. C’est de cette analyse, totalement lucide, qu’est née l’aventure irakienne car le courant le plus volontariste de l’équipe Bush, les néo-conservateurs, a alors pu vendre à la Maison-Blanche l’idée que la pire des dictatures de la région, celle de Saddam, était à bout de souffle, que les Kurdes et les chiites, les quatre cinquièmes de l’Irak accueilleraient les Américains en libérateurs et que la « contagion de la liberté » ne connaîtrait plus de frontières après l’établissement d’une démocratie irakienne par les Etats-Unis. On sait ce qui est advenu. Les Américains avaient oublié que l’Irak est un Etat neuf, artificiel, ethniquement divisé et que la loi de la majorité y mettrait les chiites au pouvoir pour la plus grande rage des sunnites et le plus grand profit de l’Iran. Ils l’ont désormais appris mais, il y a encore peu, ils multipliaient les pressions sur les régimes proche-orientaux, Riad compris, pour qu’ils organisent des élections libres dont ils ne voulaient pas admettre qu’elles ne profiteraient qu’aux islamistes. Quand cela s’est avéré, d’abord en Egypte puis en Palestine, les Américains ont bien dû voir que les changements, les changements hâtifs et imposés de l’extérieur, étaient tout aussi dangereux que le statu quo. Depuis, ils n’ont, plus de politique. Les Etats-Unis sont largement hors-jeu au Proche-Orient et c’est aux régimes en place, à la monarchie saoudienne au premier chef, que se pose maintenant le problème. A quel rythme et jusqu’où réformer ? Comment éviter les révolutions en réformant mais comment réformer sans susciter les révolutions.

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