La balle est dans leur camp. Cet après-midi, au château de Mayendorff, à vingt kilomètres de Moscou, les dirigeants russes pourront soit ouvrir une ère de coopération sur le continent Europe soit y faire monter les enchères. Ils pourront faire gagner ou faire perdre tout le monde, les Occidentaux comme la Russie, car tout dépendra de ce qu’ils diront aux trois représentants de l’Union, Javier Solana, le chef de sa diplomatie, et les présidents du Conseil et de la Commission, Nicolas Sarkozy et José Manuel Barroso. Forts de leur victoire dans cette guerre que la Géorgie avait eu l’aveuglement de déclencher, ils peuvent camper sur leurs positions, militaires et politiques, et l’Union européenne n’aura plus d’autre option que de revoir toutes ses relations avec la Russie. Ils peuvent, au contraire, donner leur accord au déploiement d’observateurs européens sur tout le territoire géorgien, s’engager sur une date de retrait complet de leurs troupes vers les régions abkhaze et ossète et accepter l’organisation d’une conférence internationale sur « la sécurité et la stabilité » de ces deux régions. Ils ne feraient ainsi qu’appliquer le compromis que Nicolas Sarkozy leur avait fait signer et c’est alors une Union européenne unie, anciens et nouveaux membres, qui s’engageraient dans la définition d’un partenariat stratégique avec eux. Ce sera leur choix, à eux et à eux seuls et, à entendre Angela Merkel, ce sera le bon. Dès lundi dernier, à la sortie du Conseil européen, la chancelière allemande avait fait part de son optimisme en déclarant que les dirigeants russes avaient donné des assurances à l’Union. Elle a répété, hier, qu’elle voyait « des raisons d’espérer » et, en effet, il y en a car les déclarations russes de ces derniers jours sont plutôt encourageantes mais il y a un débat au Kremlin. Beaucoup des hommes qui pèsent à Moscou, dans les services de sécurité avant tout, considèrent qu’il ne faut rien céder, clairement marquer, donc, un rapport de force qui leur semble profondément favorable à la réaffirmation de la Russie parce que les Etats-Unis ne peuvent militairement rien contre elle, qu’ils ont besoin de son soutien face à l’Iran et que l’Europe est dépendante des approvisionnements énergétiques russes. Tout cela relève du constat mais les milieux d’affaires et le nouveau président russes, Dmitri Medvedev, rétorquent à cela que la Russie a autant besoin de vendre son pétrole et son gaz à l’Europe que l’Europe de les lui acheter ; qu’elle ne peut pas se passer de la technologie occidentale pour se moderniser ; qu’elle a mieux à faire que de se perdre dans des conflits frontaliers et qu’elle pourrait surtout, en se montrant conciliante, nouer des liens économiques et politiques avec l’Union qui renforceraient considérablement sa position internationale alors qu’une tension avec les Occidentaux ne ferait que resserrer les rangs européens derrière les Etats-Unis. C’est un débat entre le court et le long terme, entre la force et l’intelligence, un débat fondamental pour tous et dont on saura aujourd’hui comment il est tranché, si toutefois il l’est.

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