Si ce n’est pas une gifle, ça y ressemble. Dès sa prise de fonctions, Barack Obama avait fait une priorité de la relance des négociations israélo-palestiniennes et de la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël. Georges Mitchell, son représentant personnel pour le Proche-Orient, était allé jusqu’à dire, sur cette lancée, que cela relevait de « l’intérêt national » américain – ce qui n’était pas une phrase en l’air mais une réalité puisque les Etats-Unis ont besoin de ce règlement du plus vieux des conflits pour isoler l’Iran, priver les islamistes du premier de leurs terreaux et aborder en meilleure position les autres conflits de la région. Barack Obama souhaitait donc obtenir des Israéliens un gel du développement de leurs implantations dans les Territoires occupés en échange duquel les régimes arabes étaient prêts à nouer des liens commerciaux avec Israël qui auraient signalé leur volonté de passer à des liens diplomatiques sitôt qu’un accord de paix aurait été conclu avec les Palestiniens. Quelque chose s’amorçait mais, après avoir longuement tergiversé et refusé d’admettre le principe même de ce gel de la colonisation, Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, a fait annoncer, hier, que son gouvernement autorisait la construction de 455 nouveaux logements dans des implantations de Cisjordanie et de Jérusalem Est. Le camouflet infligé à Barack Obama est patent, cinglant, mais il y a deux manières de l’expliquer, radicalement opposées. Dans la première, Benjamin Netanyahu table sur un affaiblissement du président américain. Il se dit que Barack Obama n’aura pas la possibilité d’exercer sur lui de vraies pressions, en raison de ses difficultés intérieures et extérieures, l’opposition à laquelle se heurte son projet d’extension de la couverture médicale, aux imbroglios iranien et afghan et au regain de tensions en Irak. Dans cette hypothèse, Benjamin Netanahu se sentirait capable de jouer, oui, l’épreuve de force avec les Etats-Unis et de leur imposer un statu quo que la droite israélienne a toujours préféré à la paix tant elle est convaincue qu’un Etat palestinien tomberait vite aux mains des islamistes, comme Gaza, et que c’est alors Tel Aviv qui serait à portée de leurs missiles. Cette explication est parfaitement plausible mais ce n’est pas celle que retient la presse israélienne. Pour elle et aux yeux, également de la droite israélienne la plus dure et des organisations de colons, ces 455 permis de construire ne feraient que précéder et annoncer ce gel de la colonisation qu’exigent les Etats-Unis. Benjamin Netanyahu n’aurait ainsi voulu qu’éviter l’éclatement de sa coalition parlementaire et céder à la Maison-Blanche sans perdre la face. Le fait est non seulement que des déclarations officieuses le laissent penser mais aussi que ces permis de construire n’ont été accordés que pour des zones qu’Israël conserverait de toute manière aux termes des plans de paix détaillés qui dorment depuis tant d’années dans les tiroirs. Cette seconde hypothèse n’est pas à écarter mais, pour l’heure, la certitude est la gifle.

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