Entre le président des Etats-Unis et le président de la Commission européenne, il n’y a rien de commun. Ancien maoïste, José Manuel Barroso est un libéral pur et dur. Barack Obama s’inscrit, lui, dans la filiation de Roosevelt et de Johnson, de ces démocrates américains qui, sans aucunement renier l’économie de marché, souhaitent que l’Etat assure la protection des plus faibles. Tandis que le président américain est ainsi proche du modèle européen, celui de la Commission l’est du modèle anglo-saxon mais, au-delà de ces différences et de ces contre-rôles, tous deux viennent de proposer les mêmes politiques. Parce que la crise économique continue de freiner la croissance aux Etats-Unis comme en Europe, parce que le chômage frappe des deux côtés de l’Atlantique et qu’il faut relancer la machine avant qu’elle ne s’enraie, l’un et l’autre veulent aujourd’hui investir dans des grands travaux, susceptibles de créer de l’emploi en remplissant les carnets de commande des entreprises. Lundi, Barack Obama a annoncé un vaste plan de rénovation des infrastructures américaines qui mobiliserait, si la Congrès le vote, 50 milliards de dollars sur six ans afin, a-t-il dit, de rebâtir 240 000 kilomètres de routes, 6400 kilomètres de voies ferrées, 240 kilomètres de pistes d’atterrissage et de moderniser le contrôle du trafic aérien. José Manuel Barroso, lui, n’en est pas encore là. Il n’a pas encore détaillé les investissements qu’il voudrait financer pour la bonne raison qu’il n’a pas de budget pour le faire mais, hier, à Strasbourg, il a, d’ores et déjà, demandé aux députés européens de le soutenir dans sa volonté de lancer les emprunts communautaires qui permettraient à l’Union de s’engager sur cette voie. « Un euro dépensé au niveau européen rapporte plus qu’un euro dépensé au niveau national », leur a-t-il dit en reprenant une idée qui avait été celle de Jacques Delors lorsqu’il présidait la Commission, que défend le président de l’eurogroupe, Jean-Claude Juncker, que le Parlement européen a bien accueillie et que la France devrait appuyer puisqu’elle a toujours plaidé pour une plus grande coordination des politiques économiques européennes. C’est un formidable coup d’accélérateur à la mise en place d’un gouvernement économique de l’Union que le président de la Commission pourrait donner avec cette proposition mais il lui reste, pour cela, à convaincre l’Allemagne dont la Chancelière ne veut pas accroître les dettes de l’Europe mais réduire, au contraire, ses déficits. Tout comme Barack Obama devra faire face à l’opposition républicaine qui lui reproche déjà d’être trop socialiste, José Manuel Barroso vient d’ouvrir une grande bataille qui, pour l’un comme pour l’autre, n’est pas seulement économique. Contre les Républicains, le premier veut s’affirmer en défenseur des salariés et aller à l’élection de 2012 après une baisse du chômage. Conscient du désamour des Européens pour l’Europe, le second voudrait, enfin, faire de l’Union un instrument de protection sociale, un créateur d’emplois dont chacun pourrait voir les effets bénéfiques. L’enjeu est de taille, des deux côtés.

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