Pour abattre Hitler, les Démocraties s’étaient alliées à Staline. Pour faciliter le débarquement américain en Sicile, les Etats-Unis s’étaient appuyés sur la mafia. Il y eut et y aura bien d’autres moments de l’histoire où il aura fallu faire la part du feu pour éteindre l’incendie alors pourquoi - la question monte - ne pas s’allier à Bachar al-Assad pour briser les reins de l’Etat islamique, de Daesh puisqu’on s’habitue à l’appeler ainsi?

La raison n’est pas morale, bien que cet homme soit tout simplement abominable. Successeur de son père, Hafez al-Assad, il conduit un clan familial qui, depuis près d’un demi-siècle, fait régner la terreur et met le pays en coupe réglée. Affable, souriant et toujours tiré à quatre épingles, c’est lui qui avait choisi, lors du printemps arabe, de répondre à des manifestations pacifiques en faisant tirer dans la foule. C’est lui qui a radicalisé la contestation en refusant tout dialogue, qui a fait raser des villes entières et tue à l’échelle industrielle en faisant jeter sur les civils des tonneaux d’explosifs largués à basse altitude. Et c’est lui, surtout qui, dès l’été 2011, a fait libérer les plus illuminés des jihadistes - ceux-là mêmes qui allaient former Daesh - afin de contrer l’insurrection démocratique et de dire au monde que c’était lui ou ces gens-là.

C’est le plus épouvantable de ses crimes mais, maintenant que cela s’est retourné contre lui, maintenant que le monstre qu’a créé ce monstre menace les faubourgs de Damas, n’est-il pas temps de faire la part du feu ?

La réponse serait « oui », tristement mais certainement « oui », si cela pouvait mettre fin à cette guerre mais ce n’est pas le cas.

En dehors de Damas, Bachar al-Assad ne contrôle plus qu’une petite partie du territoire syrien. Non seulement il n’est plus qu’une faction parmi d’autres mais aucune des composantes de l’opposition ne voudrait former un gouvernement de transition sous son autorité et ni la majorité sunnite de sa population ni les pays sunnites de la région n’accepteraient qu’il reste en place car ce serait accepter de perpétuer la domination de la minorité alaouite, la branche du chiisme à laquelle il appartient. Non seulement Bachar al-Assad n’est plus une carte mais, à s’allier à lui, on ne ferait que renforcer Daesh que beaucoup des sunnites lui préféreraient encore.

Sauf si les Iraniens et les Russes acceptaient enfin qu’il soit remplacé par une personnalité consensuelle, fût-elle alaouite, il n’y aura ainsi pas avant longtemps de solution politique à cette crise. Il faut continuer à en chercher une. Il faut évidemment parler aux Iraniens et aux Russes mais, en attendant, la solution ne viendra pas des frappes contre Daesh auxquelles la France et la Grande-Bretagne ont maintenant décidé de procéder en territoire syrien.

Sans doute était-ce nécessaire pour endiguer ces égorgeurs et prévenir des attentats en Europe mais la seule vraie solution serait de créer, à la frontière turque, une zone protégée, aussi bien de ce régime que de Daesh, où accueillir les réfugiés et constituer, par des élections, un pouvoir alternatif. C’est une option envisagée à Washington mais, aujourd’hui, personne n’y est encore prêt, pas plus les Etats-Unis que quiconque.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.