Déjà en guerres par procuration, ils en sont maintenant à s’injurier, directement et publiquement.

Au Yémen, les Saoudiens sont intervenus contre la rébellion minoritaire des Houthis que soutiennent les Iraniens. En Syrie, les Iraniens apportent leur appui militaire et financier au régime de Bachar al-Assad contre l’insurrection de la majorité sunnite que les Saoudiens arment et financent.

Il y a ainsi longtemps que l’Iran et l’Arabie saoudite, champions du chiisme et du sunnisme, des deux religions de l’islam, se disputent la prédominance régionale par alliés chiites et sunnites interposés, mais ils n’en étaient encore jamais venus à d’aussi violentes invectives que depuis trois jours.

C’est le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, qui avait ouvert le feu lundi en estimant que la gestion des lieux saints devrait être retirée à l’Arabie saoudite sur le territoire de laquelle ils se trouvent. En réponse, le grand mufti saoudien a estimé que les dirigeants iraniens « n’étaient pas des musulmans ».

Le ministre iranien des Affaires étrangères a rétorqué qu’il n’y avait « effectivement rien de commun entre l’islam des Iraniens et de la majorité des musulmans et l’extrémisme fanatique que prêchent les principaux dignitaires wahhabites et les maîtres saoudiens de la terreur ». Le président iranien, Hassan Rohani, est allé encore plus loin en souhaitant que les pays de la région et le monde islamique « coordonnent leurs actions pour punir le gouvernement saoudien des crimes qu’il commet en Irak, en Syrie et au Yémen ».

Comme si ce n’était pas suffisant, le Guide suprême iranien est remonté hier au créneau en qualifiant la famille royale saoudienne de « maudite » et « maléfique » et là-dessus, l’ensemble des pays du Golfe ont rejeté ces déclarations iraniennes comme « totalement incompatibles avec les valeurs de l’islam » et visant à « politiser » le pèlerinage de La Mecque.

Les champions du chiisme et du sunnisme en sont, autrement dit, aux excommunications réciproques.

C’est grave. C’est extrêmement inquiétant, car en mots au moins mais les mots comptent, les dirigeants iraniens et la dynastie saoudienne se sont maintenant déclarés la guerre. Ils ne se la font plus par procuration mais frontalement et ont ainsi franchi un degré de plus dans le conflit qui les oppose depuis que l’Iran a entrepris, après le renversement du Chah en 1979, de fédérer tous les chiites du Proche-Orient afin de déstabiliser les monarchies sunnites et de s’imposer en première puissance du Proche-Orient.

En bientôt 40 ans, l’Iran s’est considérablement modernisé et s’est projeté dans toute la région. L’Iran fait extrêmement peur à l’Arabie saoudite dont le nouveau souverain est bien décidé à relever le gant et s’arme en conséquence. La tension n’a jamais été aussi grande entre ces deux pays qui n’en seront pas portés au compromis au Yémen et en Syrie. Sans doute n’en viendront-ils pas à une vraie guerre, pas déjà, mais la stabilisation régionale n’est pas pour demain.

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