Où l'on voit que...

Il était sur la Pnyx, dos à l’Acropole, sur cette colline où les Athéniens firent faire ses premiers pas à la démocratie. Il y était repassé, cravaté, impeccablement coiffé, plus gendre parfait et plus technocrate que jamais mais là, Emanuel Macron parlait Europe, de ses erreurs et de sa nécessité, des dangers qui la guettent et de l’urgence de la refonder, et un lyrisme de visionnaire habité, soudain, transcendait cet homme.

Il y croit.

Pour lui, l’unité européenne est aussi indispensable aux Européens qu’au reste du monde et en l’entendant hier, s’adresser à la Grèce et lui dire que ses partenaires de l’Union n’avaient pas su la secourir et l’avaient bêtement acculée à trouver des investisseurs étrangers plutôt qu’européens, on entendait ce qui définit ce si jeune président, ce qui le fait courir, diraient les Américains, et organise son action.

Emmanuel Macron est avant tout un « souverainiste », expliquait-il d’emblée, aux yeux duquel les nations européennes ne peuvent être souveraines que dans leur unité, assez profondément unies pour faire le poids face aux Etats-Unis et à la Chine, pour nous permettre, dit-il, « de vivre selon nos valeurs et nos règles » et de « répondre aux grands défis du monde », sécuritaire, numérique, migratoire, climatique.

Sur le climat, tout développement aurait été superflu. Le drame de Saint-Barth et de Saint-Martin est hélas venu montrer à quel point il faudrait une Europe pour faire contrepoids à la cupide cécité qui a conduit Donald Trump à sortir de l’accord de lutte contre le réchauffement. Personne ne pourrait dire le contraire mais comme le monde et les Européens, disait-il aussi, auraient également besoin d’une Europe politique, d’une « puissance qui pèse sur le cours du monde » et puisse apporter un minimum de raison et de défense de ses intérêts dans les crises syrienne, ukrainienne ou nord-coréenne.

Emmanuel Macron était hier l’avocat passionné d’une cause essentielle mais, en même temps, un joueur d’échec. A Athènes, il était aussi venu chercher un soutien, comme il le fait, l’une après l’autre, dans toutes les capitales de l’Union, pour ses idées de capacités d’emprunt, de ministre des Finances et budget commun de la zone euro, de démocratie européenne, de liste transnationales aux prochaines parlementaires européennes, de prise en charge commune des patrimoines nationaux de l’Union et de développement des échanges entre étudiants et maintenant apprentis.

On le regardait, on l’écoutait et l’on entendait la cohérence de ce techno-lyrique – c’est ce qu’il est : technocrate et lyrique – qui veut être l’artisan d’une refondation de l’Europe afin que la France soit la mère de cette nouvelle puissance politique qui replacerait le vieux monde au cœur d’un monde en quête désespérée de stabilité.

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