Maria Kolesnikova était l’une des trois organisatrices de la campagne d’opposition qui a ébranlé le pouvoir de Loukachenko, la seule à être restée à Minsk. Son enlèvement pourrait être le signe d’une tentative du dictateur biélorusse de briser par la force une opposition qui ne faiblit pas.

L’opposante Maria Kolesnikova le 11 août, après l’élection présidentielle biélorusse dont elle contestait les résultats. Elle a été enlevée hier à Minsk par des hommes cagoulés et on ignore son sort.
L’opposante Maria Kolesnikova le 11 août, après l’élection présidentielle biélorusse dont elle contestait les résultats. Elle a été enlevée hier à Minsk par des hommes cagoulés et on ignore son sort. © AFP / Sergei GAPON / AFP

Maria Kolesnikova, une des principales dirigeantes du mouvement de protestation en Biéolorussie, marchait dans une rue de Minsk hier, lorsque des hommes en civil cagoulés l’ont capturée et emmenée à bord d‘un minibus, vers un lieu inconnu. Les autorités biélorusses refusaient hier de confirmer qu’elle avait été arrêtée. Trois autres militants d’opposition ont « disparu » de la même manière.

Maria Kolesnikova avait été l’une des trois femmes à conduire la campagne de Svetlana Tikhanovskaya, la candidate d’opposition contre le Président Alexander Loukachenko. Elle venait d’annoncer la création d’un parti d’opposition. Elle est la principale personnalité anti-Loukachenko encore à Minsk, et fait partie du Conseil de coordination créé pour d’hypothétiques négociations avec le pouvoir.

Des vidéos d’amateurs montrent par ailleurs des groupes de civils, là encore sans identification, qui s’en prennent brutalement à des manifestants isolés dimanche, alors que plus de cent mille personnes marchaient dans le centre de Minsk contre le régime de Loukachenko.

Ces méthodes sont celles d’un régime aux abois, et font craindre le pire pour le soulèvement des Biélorusses, resté jusqu’ici pacifique malgré la répression qui a suivi les élections truquées du mois dernier. 

Si l’enlèvement de Maria Kolesnikova est bien l’œuvre du pouvoir, comme le pensent ses amis, Loukachenko montre qu’il n’est pas prêt à entamer le moindre dialogue avec l’opposition.

Il semble déterminé à se maintenir par la force, même si, jusqu’ici, ses tentatives de briser le plus grand mouvement de protestation auquel il ait eu à faire face en 26 ans au pouvoir, ont échoué.

La double question qui se pose désormais, est d’abord l’attitude de Moscou, dont le soutien sera déterminant pour permettre à Alexander Loukachenko de se maintenir au pouvoir, et à quel prix pour l’indépendance de la Biélorussie ; et d’autre part la réaction de l’Europe, qui, tout en condamnant le régime de Minsk, semble hésiter sur la voie à suivre.

L’Union européenne n’a pas reconnu les résultats de l’élection présidentielle du 9 août qui a officiellement donné une victoire écrasante à Loukachenko. Les 27 ont également annoncé qu’ils prendraient rapidement des sanctions contre les responsables biélorusses, en particulier ceux qui mènent la répression.

Mais depuis, l’ampleur et la cible de ces sanctions semble poser problèmes ; faut-il par exemple viser directement Loukachenko ou laisser une fenêtre ouverte pour une possible médiation ? 

Le problème est que les Européens ne veulent pas radicaliser la situation et reproduire la crise ukrainienne, qui avait conduit la Russie à annexer la Crimée. Mais les événements d’hier montrent que les hésitations européennes encouragent plutôt Minsk, et peut-être Moscou, à briser le mouvement.

Certains pays-membres de l’UE, comme la Lituanie où est réfugiée Svetlana Tikhanovskaya, poussent à un soutien européen accru aux partisans de la démocratie. Une nouvelle fois, l’Europe est au défi de faire la preuve de sa capacité à peser sur une crise à sa porte.

Contact