Tout à l’élection présidentielle, la France est désormais menacée d’une inextricable crise en Afghanistan. Les Taliban y détiennent depuis mardi deux volontaires français de l’ONG Terre d’enfance et leurs trois accompagnateurs afghans. Publiquement au moins, ils n’ont encore formulé aucune revendication mais ils ont envoyé, hier, le plus sinistre des messages en annonçant qu’ils venaient de tuer l’interprète d’un journaliste italien qu’ils avaient libéré le 19 mars dernier après avoir obtenu en échange la libération de cinq des leurs. Cet interprète, Adjmal Naqshbandi, avait été retenu par les Taliban comme nouvelle monnaie d’échange mais le prix payé pour la libération de son patron avait suscité tant de critiques dans les pays qui ont des troupes en Afghanistan que le chantage s’était, cette fois-ci, heurté à un mur. Vendredi, le Président afghan, Hamid Karzaï, avait déclaré qu’il n’accepterait plus d’échanges de prisonniers avec les Taliban et, depuis le meurtre d’Adjmal Naqshbandi, il est d’autant moins susceptible de revenir sur cette décision qu’il serait alors accusé d’être moins intraitable quand il s’agit de sauver des étrangers, des Français en l’occurrence, que des Afghans. Tout chef d’Etat y perdrait son crédit. Hamid Karzaï aurait d’autant plus à y perdre que sa popularité est au plus bas mais ce meurtre consommé, ce signal donné, il est probable que les ravisseurs vont entrer dans le cycle des ultimatums en espérant que la France, comme l’Italie le mois dernier, fasse pression sur Kaboul. Les enchères vont monter et, même si les candidats à la présidence ont la sagesse de ne pas laisser leur compétition peser sur cette crise, la France va se trouver dans une situation difficile. Premier problème, avec des troupes engagées en Afghanistan, elle ne peut pas ignorer le danger qu’il y aurait à inciter les Taliban à multiplier les enlèvements d’étrangers en cédant à chaque fois à leurs revendications. Deuxième problème, même si la France considérait qu’elle doit avant tout tenter de sauver ses ressortissants et exigeait d’Hamid Karzaï qu’il l’y aide, elle se heurterait à de sérieux blocages au sein de l’Otan qui organise l’intervention de l’Onu en Afghanistan et ne veut pas que les Taliban marquent de nouveaux points. Troisième problème, enfin, et non le moindre, cette affaire intervient au moment même où l’on s’attend à une offensive d’envergure des Taliban qui relèvent la tête depuis un an car la guerre d’Irak a privé l’Afghanistan de beaucoup des dollars et des hommes que les Etats-Unis étaient censés y investir. Si les troupes étrangères ne bloquaient pas cette offensive, l’Afghanistan pourrait bien tomber dans le chaos. Les réseaux islamistes en seraient encouragés. La contagion des troubles pourrait gagner le Pakistan frontalier dont le Président est d’ores et déjà obligé de composer avec ses propres islamistes. Cette crise est plus que sérieuse.

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