C’était prévisible mais cinglant. En seulement deux mots – « pas raisonnable », ont-elles dit – les Forces armées révolutionnaires de Colombie, les Farc, ont écarté, hier, l’idée que l’avion sanitaire mobilisé depuis jeudi par la France puisse contribuer à la libération d’Ingrid Betancourt. Cette mission « ne découle d’aucun accord », ont-elles ajouté. L’avion a été aussitôt rappelé et il serait, maintenant, plus que temps de voir les choses en face. La clé de cette affaire est à Washington. Malgré toute la bonne volonté de Nicolas Sarkozy et de Bernard Kouchner, de Jacques Chirac et Dominique de Villepin hier, elle n’est pas à Paris car la France ne pèse d’à peu près rien dans le bras de fer régional dont cet otage franco-colombienne est l’enjeu. D’un côté, un homme dont le propre père a été tué par les Farc, Alvaro Uribe, le président colombien, considère que ce n’est certainement pas le moment de s’engager dans des négociations avec ce mouvement de guérilla né dans les années 60, à l’époque où l’extrême gauche latino-américaine rêvait de soulever les campagnes. A ses yeux, le moment est, au contraire, venu de le briser par la force car les désertions se multiplient dans ses rangs, qu’il ne compterait plus que 8000 combattants et qu’il est désormais honni dans tout le pays parce qu’il n’incarne plus rien et ne vit plus que de rançons et du soutien, surtout, des barons de la drogue qui trouvent commode d’en disposer pour disperser l’armée colombienne. Ingrid Betancourt ou pas, Alvaro Uribe est bien décidé à empêcher que la France redonne aux Farc une respectabilité et, à terme, une place sur l’échiquier colombien en recherchant un compromis avec elles. Il est d’autant plus intransigeant qu’il a, face à lui, Hugo Chavez, le président vénézuélien, improbable militaire, vaguement maoïste et profondément chrétien. Chavez rêve, lui, de reconstituer l’ensemble uni que le Venezuela, l’Equateur et la Colombie formaient aux temps espagnols. Il en rêve pour opposer une puissance latino-américaine aux Etats-Unis pour unir, un jour, tout le sous-continent contre Washington et les Farc pourraient, pense-t-il, servir ce projet en devenant une force politique à la faveur d’une négociation sur cette cause célèbre qu’est Ingrid Betancourt. D’où le rôle d’intermédiaire qu’il joue entre la France et les Farc et l’absolu refus d’Alvaro Uribe de mettre une seule phalange dans cet engrenage. La situation est bloquée mais il suffirait que les Etats-Unis demandent à Alvaro Uribe, leur allié, leur protégé, de démilitariser une zone où un échange de prisonniers aurait lieu, d’accepter les conditions posées par les Farc, pour que le président colombien n’ait plus qu’à obtempérer. Georges Bush n’aurait qu’un mot à dire pour contribuer à faire libérer Ingrid Betancourt mais il ne veut pas prendre le moindre risque de prêter la main à Hugo Chavez. Quelle que soit son amitié pour Nicolas Sarkozy, la fragilité de cette région lui importe plus, pour l’heure au moins, qu’une France dont il a, déjà, obtenu tout ce qu’elle pouvait lui donner, ses renforts afghans et son retour dans le sillage américain.

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