Faut-il même en parler ? Faut-il vraiment parler de ce non événement par excellence qu’est une élection présidentielle, celle qui se tient aujourd’hui en Algérie, dont les résultats sont si prévisibles qu’elle n’intéresse pas même les Algériens ? Candidat au troisième mandat qu’une modification constitutionnelle lui a permis de briguer, Abdelaziz Bouteflika, 72 ans, paraît déjà réélu. Dans ce scrutin, tout est joué d’avance mais, au-delà de ce théâtre, il y a la tragédie d’un pays que tout destinerait à la prospérité mais que sa jeunesse fuit, partagée entre la drogue, la tentation des réseaux d’al Qaëda et l’attrait de l’Europe que tant de jeunes gens tentent de rejoindre clandestinement, au péril de leur vie, sur des embarcations de fortune. Avec ses réserves de gaz et de pétrole, l’Algérie devrait être la Californie mais c’est un pays du Tiers-monde, pas du tout émergent et encore traumatisé par les 150 000 morts et la répression sauvage qu’y avaient provoqués les violences islamistes des années 90. Comparée à cette période, malgré les attentats récurrents, l’Algérie d’aujourd’hui est un havre de paix mais les promesses de réformes qu’Abdelaziz Bouteflika avait faites en 1999, lors de sa première élection, se sont perdues dans les sables. Le drame de l’Algérie tient en un mot : l’armée. C’est elle qui a permis l’indépendance alors qu’elle n’était encore que l’armée de libération mais c’est elle aussi qui, la France partie, a vite pris les commandes, profitant du prestige de sa victoire et de l’atterrante pénurie de cadres que la colonisation avait laissée derrière elle. L’Algérie, c’était la France mais 20% seulement des enfants algériens fréquentaient l’école. Les élites sur lesquelles bâtir un Etat y étaient françaises et pas algériennes et c’est dans ce vide, que les soldats, souvent incultes, se sont imposés comme les vrais maîtres du jeu, tirant les ficelles d’un parti unique et d’un Etat patron qui contrôlait tous les grands secteurs économiques au nom de la planification. La suite était écrite. L’armée fut bientôt éclipsée par ses services secrets, pouvoir de l’ombre tout puissant. La corruption s’est installée et, lorsque les émeutes populaires de 1988 ont imposé le pluripartisme, l’Algérie était moins que jamais prête à la démocratie. Si l’armée n’était pas revenue en force, l’Algérie serait tombée aux mains des islamistes et, derrière Abdelaziz Bouteflika, ce sont toujours les services secrets qui gouvernent, hostiles à tout vrai changement qui menacerait leurs prébendes. Le plus terrible est que ce pouvoir n’aura même pas besoin de bourrer les urnes pour se continuer. A l’exception des partis kabyles dont la marge de manœuvre est plus qu’étroite et qui appellent à bouder les urnes, il n’y a pas d’échiquier politique en Algérie. Le seul danger qui menace le président sortant est l’abstention et, un jour, peut-être, cette explosion de rage qui sourd régulièrement et qu’il entend parer par sa promesse d’investir 150 milliards de dollars sur cinq ans. Sans soute la tiendra-t-il. Il en a les moyens mais, tant que l’Algérie restera une dictature corrompue, elle ne connaîtra ni vrai développement ni stabilité.

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