Il était totalement incertain mais, c’est malheureusement fait : l’espoir s’envole en Syrie. Aux termes du plan de paix présenté par l’ancien secrétaire-général de l’Onu Kofi Annan, l’armée syrienne aurait du s’être retiré demain des villes en prélude à un cessez-le-feu général devant intervenir dans les deux jours suivants. Le pouvoir syrien avait accepté ce plan il y a une semaine, mais il l’a torpillé hier en l’assortissant de nouvelles conditions.

Il lui faut maintenant non seulement que l’opposition lui donne des « garanties écrites » sur sa volonté de se retirer elle-même des villes et de lui livrer ses armes mais aussi que « les gouvernements du Qatar, de l’Arabie saoudite et de la Turquie » lui présentent des « engagements écrits sur l’arrêt de leur financement des groupes terroristes ».

Bachar al-Assad n’aura ni l’un ni l’autre. Il le sait si bien que c’est pour cela qu’il le demande. Sauf miracle ou faux-semblants supplémentaires, le plan Annan est mort-né et la raison en est évidente. Un cessez-le-feu aurait permis à la population de redonner de l’ampleur à ses manifestations pacifiques. Non seulement il aurait permis de voir à quel point ce pouvoir est rejeté mais le plan prévoyait que l’arrêt des violences soit suivi d’un déploiement de forces internationales et de négociations sur une transition démocratique entre le régime et l’opposition.

Il s’agissait de ménager une porte de sortie à Bachar al-Assad, de mettre fin à ce régime par étapes menant à des élections libres, mais ce pouvoir n’a bien évidemment pas mené quatorze mois de répression barbare, tué dix mille personnes, amplifié ses meurtres la semaine dernière, emprisonné à tour de bras et torturé jusqu’aux enfants pour devoir reconnaître les résultats d’un scrutin et céder poliment la place. Il n’avait accepté ce plan que pour gagner du temps et répondre aux pressions de la Chine et de la Russie qui l’avait sommé de montrer un minimum de bonne volonté en échange de leur soutien. Cette fiction ne pouvait pas durer mais que ce passera-t-il maintenant ?

Les Russes et les Chinois seront sans doute irrités que Bachar al-Assad ait si vite jeté le masque. Les diplomaties occidentales auront gagné là, comme elles l’espéraient, quelques arguments à faire valoir au Conseil de sécurité pour qu’une pression internationale s’exerce enfin sur Damas. La donne aura très légèrement évolué mais, sur le fond, cette crise va durer et se régionaliser dans un face-à-face entre pays chiites et sunnites, entre l’Iran et l’Irak d’un côté qui soutiennent Damas et toutes les autres capitales du Proche-Orient qui renforceront, elles, leur soutien à l’opposition.

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