On pouvait détester ses politiques, mais on ne pouvait qu’admirer la force de ses convictions, son courage et sa ténacité. Décédée hier, Margaret Thatcher fut l’un des très rares hommes d’Etat de la seconde moitié du XX° siècle, la seule en fait avec Mikhaïl Gorbatchev dont la détermination aura changé le monde.Très jeune, elle avait acquis la certitude que seul comptait l’individu, son travail, sa volonté, son ambition de réussir, que l’Etat et ses lois ne faisaient que contrarier l’essor économique en limitant la liberté du marché et la puissance créatrice des entrepreneurs et que même ses amis conservateurs s’étaient laissé contaminer par ce qui n'était, à ses yeux, que les pernicieuses fadaises de la protection sociale et de la redistribution des richesses par l’impôt. Son premier combat avait donc été de remettre le Parti conservateur sur ce qu’elle pensait être ses rails et il lui avait fallu toute la certitude qui l’habitait pour devenir l’étoile montante puis la chef de file et candidate d’un parti qui n’appréciait pas plus les femmes que la fille d’épicier qu’elle était. C’est sans doute pour cela, pour désarmer les préjugés machistes et le mépris social de sa propre formation, qu’on ne l’aura jamais vue autrement qu’impeccablement et strictement vêtue, jamais une mèche de travers et le ton toujours égal sauf pour signifier à des collaborateurs trop bien nés et trop délicats à son goût qu’il leur fallait revoir leur copie. « La Dame de fer », a-t-on dit mais c’était un roc qui, sitôt parvenue au pouvoir, a tenu ses promesses, rompant avec les idées keynésiennes qui avaient dominé l'après-guerre, privatisant à tour de bras, baissant les impôts, cassant une grève de mineurs, s’attaquant aux syndicats qui ne se sont jamais remis de ses onze années de pouvoir, laissant mourir des grévistes de la faim irlandais et envoyant l’armée reconquérir les Malouines qu’il était hors de question, pour elle, d’abandonner à l’Argentine. Elle aura gouverné comme on fait la guerre, sans quartiers, redressé la Grande-Bretagne en en accentuant spectaculairement les inégalités mais, oui, redressé son pays qui s’effondrait et ouvert, surtout, l’ère du libéralisme et de la « révolution conservatrice ». Avec Ronald Reagan, c’est elle qui a fait de son credo libéral des dogmes mondiaux, fait reculer les Etats au profit de l’entreprise et déréglementé l’économie internationale. Puissamment aidée par l’effondrement soviétique qui avait débarrassé l’argent de la peur du communisme, Margaret Thatcher a transformé le monde mais en a-t-elle fait un monde meilleur ? C’est là que commence le débat puisque le recul de la pression fiscale a privé les Etats de moyens d’action et que la déréglementation a créé une économie casino, financière et non plus industrielle, dont la course débridée au profit maximal a enrichi une minorité, appauvri la majorité et conduit, en 2008, à une faillite de Wall Street dont le monde, Grande-Bretagne comprise, n’est toujours pas remis. A bien des égards effroyable, son legs est au moins discutable mais cette idéologue disait ce qu’elle pensait et faisait ce qu’elle disait.

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