L’offensive n’est pas militaire. Elle ne l’est pas déjà en tout cas mais, dans la crise ukrainienne, la Russie ouvre maintenant un front après l’autre dans tout l’Ouest de l’ancien bloc soviétique.

Vendredi, c’est la Roumanie qui se voyait reprocher des déclarations « anti-russes » parce que son président avait parlé d’« agression » contre l’Ukraine. Une dégradation des relations bilatérales ne serait « dans l’intérêt de personne » avait ajouté Moscou en sous-entendant par là que cette dégradation était désormais possible. Le lendemain, c’était la Lettonie, l’un des trois Pays baltes sortis de l’URSS et aujourd’hui membres de l’Union européenne et de l’Otan, à laquelle il était enjoint d’améliorer « sans délai » le sort de sa population russophone. Lundi enfin, c’était le président de la Transdniestrie qui demandait que soit reconnue l’indépendance de cette région pro-russe et sécessionniste de la Moldavie où sont stationnées des troupes de la Fédération de Russie depuis l’éclatement soviétique.

Pour Moscou, cela fait trois nouveaux fers au feu et, entre temps, durant le week-end, des petits commandos ont occupé des bâtiments administratifs en Ukraine orientale et y ont hissé le drapeau russe avant d’exiger l’organisation de référendums d’autodétermination et d’annoncer la formation d’un « gouvernement du Donbass ». Cela fait beaucoup, mais ce n’est pas tout.

Après avoir augmenté, la semaine dernière, de 80% en trois jours le prix de ses livraisons de gaz à l’Ukraine, la Russie lui réclame maintenant le règlement d’une dette énergétique de 1,7 milliard de dollars plus le remboursement de 11,4 milliards de rabais qui lui avaient été consentis ces quatre dernières années. Le Kremlin se réunit ce mercredi pour examiner ces contentieux. La réunion sera présidée par Vladimir Poutine en personne. Russie est en train de méthodiquement étrangler l’économie ukrainienne et cette offensive tous azimuts a trois conséquences.

L’Union européenne a étudié hier les mesures à prendre pour réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et se préparer à une éventuelle baisse de ses livraisons. L’Union devrait augmenter ses capacités de stockage, ses achats de gaz à la Norvège et à l’Algérie et ses importations de gaz naturel liquéfié. L’Otan, deuxièmement, va développer sa présence militaire en Pologne et dans les Pays baltes. Le ton, troisièmement, monte à Washington où le Pentagone envisage de revoir à la hausse le nombre de militaires américains stationnés en Europe et où le secrétaire d’Etat, John Kerry, vient de dénoncer l’action d’« agents russes » dans les troubles d’Ukraine orientale et une volonté de Moscou de « créer le chaos » dans tout le pays.

Alors que la Russie prévoit une nouvelle baisse de son taux de croissance, le FMI en est à craindre une contagion de cette crise à toute l’économie mondiale si les échanges entre l’Occident et la Russie devaient s’interrompre. D’éventuels pourparlers entre l’Ukraine, la Russie et les Occidentaux sont en discussions mais Moscou exige que l’Ukraine orientale y soit représentée en tant que telle, une condition qui consacrerait l’éclatement de ce pays.

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