Donald Trump a menacé de couper les vivres à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’accusant d’être « biaisée » en faveur de Pékin. Une vraie question, mais est-ce vraiment le moment de la poser, en pleine pandémie ?

Le Directeur Général de l’OMS, l’éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’une Conférence de presse en visioconférence, le 6 avril 2020.
Le Directeur Général de l’OMS, l’éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’une Conférence de presse en visioconférence, le 6 avril 2020. © AFP / AFP

Faut-il fermer l’Organisation mondiale de la Santé ? La question peut sembler saugrenue alors que le monde est confronté à une pandémie sans précédent depuis un siècle, en plein dans le domaine de compétence de l’OMS. 

Mardi pourtant, Donald Trump a d’abord annoncé qu’il allait supprimer les financements américains de l’OMS, avant de se rétracter, et de transformer cette décision en simple menace. La raison ? Le président américain accuse l’organisation d’être trop liée à la Chine, et d’avoir participé aux efforts de Pékin pour minimiser l’ampleur de l’épidémie au début de l’année, et donc retardé la prise de conscience sur sa gravité.

Le problème avec Trump, c’est que dès qu’il touche un sujet, il le rend suspect. Il soulève néanmoins une vraie question, déjà posée par de nombreux experts très critiques du rôle de l’OMS dans cette crise. 

Mais est-ce bien le moment ? 

La réaction immédiate, aux États-Unis, a été de reprocher au président de chercher à détourner l’attention de ses propres défaillances, en désignant un nouveau bouc émissaire. Il avait commencé avec la Chine directement, avant de se calmer. C’est le tour de l’OMS : son Directeur Général, l’éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus lui a répondu vertement : "ne politisez pas le virus, le pire est à venir si nous ne sommes pas unis".

Ce n’est en effet pas le moment car, de même que dans la plupart des pays, la crise a suscité un semblant d’union nationale et reporté les critiques au lendemain de la crise, il n’est pas très responsable pour un chef d’État de régler ses comptes en plein cœur de l’action.

Ce n’est pas parce que Donald Trump s’en empare que c’est nécessairement faux. La question de l’attitude de l’OMS et de ses principaux dirigeants, pose en effet question depuis le début de cette crise.

L’OMS a relayé sans sourciller la version chinoise lorsque la vérité était étouffée à Wuhan. Le 14 janvier, l’organisation affirmait encore qu’il n’y avait pas de signe de transmission d’humain à humain, alors que les médecins sur place savaient que c’était faux. Le 28 janvier, son Directeur Général vantait la transparence chinoise, alors que les lanceurs d’alerte de Wuhan avaient été arrêtés. Par la suite, l’OMS a été critiquée pour avoir tardé à décréter l’état de pandémie. Ajoutons-y le boycott de Taiwan, revendiqué par Pékin, et qui avait alerté l’OMS de la gravité de l’épidémie sans jamais recevoir de réponse…

Donald Trump a accusé l’OMS d’avoir été "biaisée en faveur de la Chine", et a dit qu’une enquête serait menée. Cela pourrait conduire à l’arrêt du financement des États-Unis, de loin le premier contributeur avec 400 millions de dollars cette année. S’il mettait sa menace à exécution, il affaiblirait fatalement l’organisation.

Alors oui, Trump politise le problème alors qu’il est en difficultés. Mais la question du fonctionnement de l’OMS devra être posée dans l’avenir : l’observatoire mondial des maladies ne devrait-il pas être indépendant des influences des États ?

Une chose est certaine, il y aura bien un sérieux examen critique des erreurs qui ont conduit à cette tragédie - lorsqu’elle sera terminée. L’OMS n’y coupera pas, Donald Trump non plus.

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