Entre Européens, les positions se durcissent. Le ton monte, l’esprit de compromis tarde tant à se faire jour qu’il est de moins en moins impossible - pas encore certain mais déjà plus improbable - que le sommet qui s’ouvre dans trois jours à Bruxelles s’achève sur un constat de désaccord, que le projet de Constitution ne soit pas adopté et que les discussions soient, au mieux, reportées à février. Le ton monte car ni l’Espagne ni la Pologne ne montrent le moindre signe d’une volonté d’assouplir leur position sur la nouvelle définition de la majorité requise pour qu’une décision soit adoptée par le Conseil européen, l’instance représentative des pays membres où siègent les chefs d’Etat et de gouvernement. Le projet de Constitution prévoit que cette majorité serait atteinte dès lors qu’une moitié des Etats membres représentant un minimum de 60% de la population européenne se prononcerait en faveur d’une mesure donnée. Ce système empêcherait qu’une décision soit votée soit par une minorité d’Etats soit par une minorité des Européens, aussi bien par un petit nombre de grands pays que par un grand nombre de petits pays. Comme dans toute Fédération, il respecte aussi bien le tout que les parties, en l’occurrence les Etats européens et la majorité des citoyens pan-européens, mais les Espagnols ne veulent pas en entendre plus parler que les Polonais. Ils veulent, eux, en rester au système mis au point à Nice, en décembre 2000, un système de majorité simple et non pas double dans lequel ils disposaient de presque autant de voix que les pays les plus peuplés. C’est sur cette question là que tout peut achopper mais pourquoi ? Pourquoi les positions paraissent-elles aujourd’hui tellement inconciliables sur ce problème alors qu’elles ne le sont pas sur de nombreux autres ? La raison en est, d’abord, que la Pologne et l’Espagne sont les plus grands des petits pays européens et qu’elles ne veulent donc pas être traités en petits mais en grands. Elles veulent rester les égales des grands, ne pas perdre ce qu’elles avaient obtenu à Nice. C’est une affaire d’orgueil national mais aussi d’argent car elles entendent bien peser dans les futures discussions budgétaires, quand les aides accordées à l’Espagne pourraient lui être retirées et qu’il faudra fixer le montant des aides allouées aux nouveaux entrants. Ce n’est pas tout. La Pologne comme l’Espagne considèrent être des puissances européennes, l’une parce qu’elle est virtuellement une puissance régionale, la première puissance de l’Europe médiane, l’autre parce que l’espagnol et la langue de l’Amérique latine et celle aussi de la plus nombreuse des minorités des Etats-Unis, bientôt leur seconde langue. Intérêts, ambitions et fierté se mêlent d’un côté mais de l’autre, du côté de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Grande-Bretagne, du Benelux également, il y a une claire volonté de ne pas pouvoir se laisser dicter des politiques décidées par une coalition de petits et moyens pays. Les grands pays européens et les plus anciens membres de l’Union, les fondateurs très prudemment soutenus par la Grande-Bretagne, veulent garder la main dans l’Union, pouvoir jouer de leur poids démographique, de la majorité de la population européenne contre une éventuelle coalition majoritaire des Etats. A ce jour, le blocage est complet.

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