Le Kremlin s’installe dans le raidissement. Après les virulentes attaques lancées par Vladimir Poutine contre l’Occident, la presse russe et la rumeur moscovite sont désormais pleines d’échos sur l’extrême mauvaise humeur du Président russe non seulement contre les Etats-Unis mais contre l’Union européenne aussi, accusée d’avoir prêté la main en Ukraine à un complot américain. « On n’oubliera pas », « on ne pardonnera pas » : c’est ce qui se dirait aujourd’hui dans les milieux dirigeants russes mais quelles pourraient être, car il faut reposer la question, les conséquences de cette rhétorique ? Une certitude, d’abord, elle n’annonce pas un retour de la Guerre froide car rien de ce qui la définissait n’existe plus, ni le Bloc soviétique, ni la puissance de l’Armée rouge, ni l’équilibre de la terreur, ni, surtout, le prestige et les sympathies dont l’Union soviétique et le communisme bénéficiaient dans le monde, dans ce qui fut le tiers-monde et dans une part aussi, non négligeable, des opinions occidentales. Cette guerre là est révolue mais, s’il se confirmait, ce durcissement du Kremlin pourrait l’amener, en revanche, à réduire encore le peu de libertés qui ont survécu à l’élection de Vladimir Poutine, à tenter de verrouiller les zones les plus fragiles de l’aire d’influence russe et à prêter, enfin, la main à des régimes en délicatesse avec les Etats-Unis, l’Union européenne ou les deux. Les quelques journaux et figures politiques russes qui s’obstinent à dire ce qu’ils pensent, pas du bien de leur Président, ont toutes les raisons d’être inquiets. Ceux des Biélorusses qui contestent le satrape qui dirige leur pays peuvent craindre d’être totalement muselés avec la bénédiction du Kremlin. Les Géorgiens vont avoir de plus en plus de mal à défendre l’indépendance et l’intégrité territoriale de leur Etat. Le régime iranien pourrait retrouver plus d’appuis à Moscou que ces derniers temps. Les Etats-Unis ne pourront en tout cas plus compter sur la moindre bienveillance russe dans leurs efforts de stabilisation de l’Irak. Une page se tourne mais, outre rien que de tout cela ne serait complètement neuf, outre que la régression autoritaire de la Russie est déjà très largement entamée et que les Géorgiens, comme les Biélorusses, étaient déjà confrontés aux pressions russes, la donne internationale n’en sera, ou n’en serait, pas fondamentalement changée car la Russie de Vladimir Poutine n’est pas en mesure de mobiliser grand monde derrière son drapeau. Ce qui est inquiétant dans ce nouveau cours que le Kremlin parait prendre c’est moins les menaces qu’il porterait que l’impasse auquel il conduirait la Russie et le retard qu’il lui ferait prendre. L’avenir de la Russie n’est pas dans une bunkérisation agressive qui ne lui rapportera rien mais dans une entente économique et politique avec l’Union européenne, un accord de long terme qui profiterait à l’une, à l’autre et à l’ensemble du continent. L’ennui est qu’il faudrait pour cela un visionnaire au Kremlin, très exactement ce que Vladimir Poutine n’est pas.

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