Même le Hamas, le mouvement islamiste palestinien dont la Charte continue d’appeler à la destruction d’Israël, s’abstient aujourd’hui de déclarations aussi bellicistes. Peu ou prou, tout le monde arabe, et le Président palestinien en tête, admet aujourd’hui que ce conflit devra finir par se régler par un compromis territorial et la coexistence de deux Etats se reconnaissant l’un l’autre. Depuis le retrait israélien de la Bande de Gaza et la rupture d’Ariel Sharon avec ses anciens amis du Likoud, cette perspective semble, de surcroît, beaucoup moins théorique qu’il y a quelques mois encore et c’est donc en totale contradiction avec cette évolution générale que s’inscrit le nouveau président iranien. On ne peut que formuler des hypothèses sur les raisons qui l’y poussent mais, si l’une semble claire, l’autre est particulièrement inquiétante. Il ne faut, d’abord, pas oublier que ce Président, élu en juin dernier et qui se présente comme « l’ami du peuple », ne doit son poste qu’à la peur qu’inspirait la force des aspirations réformatrices de la population iranienne aux courants les plus conservateurs du régime. Un quart de siècle après la révolution islamiste, la jeunesse iranienne, les trois quarts du pays, n’en peut plus du puritanisme et rejette la théocratie. Les classes moyennes et les milieux d’affaires iraniens ne rêvent, parallèlement, que d’intégrer leur pays à l’économie mondiale afin de pouvoir moderniser les installations pétrolières et profiter d’immenses réserves largement laissées en sommeil. Tout le pays est en ébullition mais, après la déception des espoirs soulevés par l’élection d’un Président réformateur en 1997, l’opposition moderniste est profondément divisée entre deux grands courants - ceux qui ne croient plus qu’en un changement de régime et ceux qui veulent, au contraire, négocier des ouvertures, économiques et politiques, dans le cadre actuel. A défaut de faire front, l’opposition a ainsi ouvert un boulevard à ce pur et dur de l’islamisme qu’est Mahmoud Ahmadinejad qui a, lui, bénéficié en sous-main du soutien de l’appareil du régime et qui a su séduire, surtout, les plus pauvres en leur promettant de raser gratis et de traquer la corruption montante. Fraude en plus, c’est ainsi que ce Président s’est fait élire mais, maintenant qu’il est en place, il inquiète autant les conservateurs que les réformateurs car il n’est pas une marionnette, veut gouverner comme il l’entend et s’est lancé dans des purges massives afin de placer partout des hommes à lui. Une féroce bataille politique est en cours à Téhéran et Mahmoud Ahmadinejad joue délibérément l’affrontement avec l’Occident en durcissant le ton sur le nucléaire et appelant à détruire à Israël afin de pouvoir faire de tous ses opposants des suppôts de l’étranger. Cela n’a rien de rassurant mais le pire est qu’on peut se demander si cet homme ne considère pas que l’aventure irakienne prélude maintenant à une explosion générale de la région et ne se positionne pas en dur de dur, susceptible de rallier à lui et à la puissance iranienne les plus radicaux de batailles à venir. Si tel était bien son raisonnement, il n’agirait pas autrement.

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