Et maintenant le choléra. Si communément et justement associé à la peste tant il est contagieux et meurtrier, ce mal de la misère ravage désormais le Zimbabwe déjà frappé par un chômage de 80 %, des pénuries alimentaires alarmantes et une inflation folle qui fait valser les prix d’heure en heure. Près de six cents personnes en sont mortes. Douze mille autres – on parle ici des cas recensés – sont atteintes par l’épidémie qui s’étend de jour en jour et progresse, fuite des réfugiés aidant, jusqu'aux régions frontalières des pays limitrophes. On croyait que les Zimbabwéens avaient touché le fond mais, non. C’est toujours pire et, forcément, les appels au départ de Robert Mugabe, le vieux dictateur qui mène ce pays à l’abîme après l’avoir libéré en 1980, se multiplient, en tir groupé. Au nom de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy l’a pressé, hier, de se retirer, avec des accents menaçants. « Trop, c’est trop », avait déjà lancé, samedi, le premier ministre britannique, Gordon Brown, dont le ministre des Affaires étrangères travaille à une résolution du Conseil de sécurité. Les Etats-Unis ne sont pas en reste. Le Kenya s’y est mis aussi. Le Mozambique hausse le ton et, si l’Afrique du Sud hésite encore à vraiment pousser Robert Mugabe vers la sortie, l’archevêque du Cap, Desmond Tutu, prix Nobel de la paix et héros de la lutte anti-apartheid, n’a pas hésité à déclarer que le monde devait l’évincer et le faire « militairement » s’il refusait d’obtempérer. Robert Mugabe n’est pas homme à céder aisément. Il n’est pas encore parti mais, sans doute, approche-t-on maintenant du dernier acte car le choléra change la donne. Jusqu’ici, les pays africains n’avaient pas voulu se désolidariser d’un homme qui fut un héros de tout le continent pour avoir abattu le régime de colons qui avaient proclamé à leur profit l’indépendance de ce pays, alors nommé Rhodésie, afin de ne pas le rendre à sa population noire. Jusqu’ici les pays occidentaux étaient restés prudents, par crainte de sembler s’attaquer à une figure de l’anticolonialisme mais c’est, désormais, toute une partie de l’Afrique qui est menacée par l’explosion de cette épidémie et le monde extérieur, ni occidental ni africain, ne peut plus rester bras croisés. Il n’y a pas d’intervention militaire à l’ordre du jour mais la gravité de la situation a déjà conduit le ministre de la Santé zimbabwéen à demander une aide internationale. C’est un signe de craquement à l’intérieur même du régime et il ne serait plus étonnant que des généraux choisissent bientôt de faire oublier l’ampleur des crimes qu’ils ont commis depuis 24 ans en renversant Mugabe et se posant en sauveurs de la nation. Ce serait le plus sûr moyen pour eux d’éviter de se retrouver devant le Tribunal pénal international. Ce serait, surtout, la moins mauvaise des solutions, la plus rapide, celle qui permettrait d’organiser une aide d’urgence à ce pays potentiellement riche – non pas d’instaurer la démocratie mais de sauver un peuple de la décimation. L’armée n’a plus rien à perdre, pas même ses soldes, pas même les biens qu’elle s’est appropriés et qui ne valent plus rien. Plus vite elle bougerait, mieux ce serait et les gesticulations internationales ne peuvent que l’y pousser.

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