Confronté à la persistance de la contestation, le pouvoir iranien vient de hausser le ton. « A compter d’aujourd’hui, il n’y aura aucune tolérance », a déclaré, hier, le procureur général de la République islamique. « Nous prendrons les mesures nécessaires contre ceux qui perturbent tous les jours l’ordre public », a-t-il ajouté alors que la presse l’interrogeait sur ses intentions à l’égard de trois des dirigeants les plus en vue de l’opposition, Faezeh Hachémi, la fille de l’ancien président Akbar Hachémi Rafsandjani, et les deux candidats, Mir Hussein Moussavi et Mehdi Karoubi, frauduleusement éliminés de la présidentielle de juin dernier. Des trois, c’est Mir Hussein Moussavi qui semble le plus visé puisque le procureur général a indiqué que la plainte déposée contre lui par une centaine de députés conservateurs après les manifestations de juin avait été transmise au parquet de Téhéran et qu’il attendait désormais qu’elle soit instruite. Le message lancé à l’homme qui devrait être aujourd’hui président de la République si sa victoire ne lui avait pas été volée était ainsi parfaitement clair. Le silence ou le procès, vient de lui faire comprendre le pouvoir et, comme pour appuyer cette menace, quelques deux cent miliciens en civil ont bloqué, hier matin, plusieurs heures durant, Mir Hussein Moussavi dans les locaux de l’Académie des beaux-arts que préside cet ancien Premier ministre et dirigeant historique de la révolution de 1979. Apeuré, ce pouvoir tente de faire peur. Prisons, tribunaux, miliciens, tabassages, il a tous les moyens de frapper mais s’il n’est encore qu’à menacer de le faire au bout de six mois d’une contestation qui se radicalise toujours plus, c’est que la situation est devenue extrêmement incertaine en Iran. Mir Hussein Moussavi en tête, les dirigeants de l’opposition n’ont pas reculé d’un pouce. Ils multiplient, au contraire, sur internet, les critiques contre le pouvoir. Hier encore, de forts mouvements de protestation ont éclaté à l’Université de Téhéran contre la répression qui avait suivi les manifestations de la veille. Le climat est électrique. Une arrestation de trop, des morts, et les manifestations pourraient d’autant plus facilement redevenir massives que les célébrations du mois sacré de Moharram commencent au milieu de la semaine prochaine et que viennent aussitôt après, début février, les dix jours d’anniversaire de la révolution. Ces deux événements sont traditionnellement marqués par des rassemblements de masse, par des cérémonies officielles que les opposants utilisent depuis septembre pour s’y glisser et en détourner les slogans comme ils l’ont fait, lundi, avec la journée des étudiants. C’est la répétition de ces détournements de célébration que le pouvoir veut éviter en se faisant menaçant mais, outre qu’ils sont presque impossibles à contrer, l’autre problème du pouvoir en place est que le camp conservateur est lui-même divisé entre des réalistes qui voudraient chercher un compromis avec l’opposition et des ultras qui veulent la briser avant qu’elle ne devienne incontournable. Aussi fort qu’il soit, la marge de manœuvre du régime est étroite.

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