Logiquement, le problème ne devrait même pas se poser. Logiquement, l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, ne devrait pas pouvoir rester une seconde de plus au pouvoir puisqu’il a perdu de près de 10 points la présidentielle du 28 novembre et que le monde entier ou presque l’appelle à reconnaître sa défaite et la victoire d’Alassane Ouattara. Sur son propre continent, l’Union africaine, l’Afrique du Sud et la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest dont la Côte d’Ivoire fait partie se sont prononcées en ce sens. L’Union européenne, la France et les Etats-Unis ont fait de même. Le FMI n’envisage pas de traiter avec ce président sortant et sorti par les électeurs. Le représentant spécial des Nations-Unies en Côte d’Ivoire s’est dit « absolument certain » que le peuple ivoirien avait désigné Alassane Ouattara « avec une marge irréfutable ». Le Conseil de sécurité s’est rangé hier à cet avis. Laurent Gbagbo est seul contre la majorité de son peuple, contre l’Afrique, contre l’Onu, contre une institution internationale dont l’économie de son pays dépend, et il croit, pourtant, pouvoir s’obstiner et rester en place. Peut-être le croit-il à tort. Peut-être devra-t-il finir par céder, mais ce qui est intéressant dans cette crise, ce qui en fait un cas d’école, est que ce qu’on appelle la « communauté internationale » n’a pas obligatoirement les moyens d’obtenir son départ. Il a l’armée pour lui, des milices, des partisans décidés et une légendaire ténacité, forgée du temps où il était un opposant démocrate à Félix Houphouët-Boigny, l’ancien despote éclairé de la Côte d’Ivoire. Dans son déni de démocratie, Laurent Gbagbo a de nombreux atouts et que peuvent, à l’inverse, tous ceux, si puissants, qui le condamnent et le pressent de se retirer ? Envoyer une armée ? Il faudrait, pour cela, un mandat de l’Onu auquel la Chine et la Russie s’opposeraient probablement puisqu’elles n’aiment pas l’idée, on comprend pourquoi, qu’on puisse aller soutenir la démocratie par les armes. Une intervention militaire est d’autant plus improbable qu’aucune puissance n’y serait vraiment favorable pour la bonne raison que, lorsqu’on intervient dans un pays, on n’en prend la responsabilité, qu’il faut y établir la paix civile, y rétablir l’économie, y rester longtemps mais ne pas devenir impopulaire – prendre, en un mot, un pari risqué. Sans même parler de l’Irak, bien des précédents incitent à la prudence et, pour ce qui est des sanctions économiques, leur effet n’est jamais immédiat. Les peuples en souffrent bien avant ceux qui bafouent leurs droits et encore faut-il que l’Onu se mette d’accord, évidemment, pour les voter, ce qui n’est jamais acquis d’avance. Laurent Gbagbo peut se rendre à la raison. Il peut ne pas vouloir devenir celui qui aurait jeté son pays dans l’abîme mais, s’il choisit l’épreuve de force, s’il persistait sur la route qu’il a prise, il peut, aussi, se dire qu’Alassane Ouattara tient le nord mais que, lui, tient le sud et jouer une partition du pays qui est déjà, dans les faits, la réalité ivoirienne. Contre un homme décidé et armé, les grandes puissances, le droit et l’Onu sont, en réalité, singulièrement faibles car, si le monde a une foison d’institutions internationales, il n’y a pas et n’y aura pas de sitôt de gouvernement mondial.

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