Ce n’est pas l’unanimité. L’accord conclu cette nuit à Bruxelles – car accord il y a eu, véritable et important accord – ne liera que les 17 pays de la zone euro et six autres membres de l’Union qui s’y sont joints. La Hongrie et, surtout, la Grande-Bretagne font bande à part tandis que la Suède et la République tchèque réservent leur réponse. La Grande-Bretagne s’éloigne du cœur de l’Union mais, outre que cela ne nuira pas, et bien au contraire, à la poursuite de la construction européenne, les décisions prises cette nuit à Bruxelles sont maintenant susceptibles d’apaiser la tempête qui ébranlait l’Union depuis la crise grecque.Fondamentalement, cet accord à 23 repose sur les propositions avancées lundi par la France et l’Allemagne. D’un coté, les pays de la monnaie unique s’engageront, par accord intergouvernemental, à ne plus dépasser le plafonnement de leurs déficits budgétaires et de leur endettement. Sous peine de sanctions quasiment automatiques, les pays de l’euro s’engagent à ne plus laisser se recréer les dérapages financiers qui avaient causé cette crise et, de l’autre côté, la Banque centrale européenne est implicitement autorisée à racheter de la dette des pays les plus affaiblis afin de calmer les marchés. La Banque centrale est implicitement autorisée à intervenir sur les marchés et cet élargissement de son rôle est d’autant plus marqué que c’est maintenant elle qui aura à gérer le fond de solidarité que l’Union avait déjà mis en place. C’et un véritable accord, d’autant plus important qu’au fil des mois et des alertes, cette tempête avait déjà changé beaucoup de choses en Europe. Dos au mur, l’Union européenne avait commencé par s’asseoir sur ses traités en venant au secours de plusieurs de ses membres alors même qu’elle s’était interdit, à l’origine, toute solidarité financière au sein de la zone euro par crainte que la monnaie unique ne devienne le parapluie à l’abri duquel des Etats creuseraient leurs déficits. Traités ou pas, des Etats s’étaient tout de même surendettés en profitant de la solidité de l’euro mais, traités ou pas, la solidarité avait tout de même prévalu et la zone euro, dans l’urgence, l’avait pérennisée avec la création du fonds commun permettant d’épauler un Etat en difficultés et dont la Banque centrale aura désormais la responsabilité. Simple zone monétaire à sa naissance, la zone euro était déjà virtuellement devenue une zone économique en voie d’intégration et avait déjà acté – deuxième changement – la nécessité d’un pilotage commun de ses économies par ses chefs d’Etat et de gouvernements.Cette gouvernance économique n’avait encore fait que s’esquisser mais sa logique était qu’elle puisse conduire les pays de l’euro à harmoniser leurs fiscalités, travailler ensemble aux conditions d’une relance et définir des projets d’investissements communs et même une politique industrielle commune dont le besoin est criant. C’était une virtualité mais elle devient une probabilité maintenant que l’accord de cette nuit fait émerger, au sein de l’Union, un groupe d’Etats décidés à renforcer leur intégration. Beaucoup plus qu’un plan de sauvetage, ce peut être un nouveau départ pour l’Union.

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