Cela ne pourrait pas être autrement. Aux commandes depuis 2005, neuf ans déjà, d’un pays qui est la première puissance économique de l’Union, dont les comptes publics sont virtuellement à l’équilibre et dont l’industrie est si performante qu’elle réalise des prouesses à l’exportation malgré la surévaluation de l’euro, Angela Merkel sera bien évidemment réélue cet après-midi à la tête de la démocratie chrétienne allemande réunie en congrès à Cologne.

Non seulement elle n’a pas de concurrent dans les rangs de son parti, pas un seul, mais 67% des Allemands n’ont que des compliments à lui faire et 56% d’entre eux souhaitent même qu’elle se représente en 2017, pour un quatrième mandat. Personne ne fait mieux en Europe. Personne ne fait mieux au monde mais cette femme austère, simple et sans coquetterie que son mentor, l’ancien chancelier Helmut Kohl, appelait « la gamine » il y a 25 ans et que les Allemands surnomment aujourd’hui « maman » avec toujours plus d’affection a-t-elle vraiment cette carrure de femme d’Etat qu’on lui prête si souvent ?

Est-elle une Indira Gandhi, une Golda Meir, une Margaret Thatcher, un Adenauer, unde Gaulle, un Churchill ? Non. La réponse est non et d’abord parce qu’elle ne fait que gérer, habilement mais sans imagination, le legs de son prédécesseur, le social-démocrate Gerhard Schröder, le chancelier dont les réformes économiques et sociales avaient fait de l’homme malade de l’Europe que l’Allemagne était alors la puissance qu’elle est aujourd’hui devenue. Exactement comme Tony Blair avait pu surfer sur l’héritage de Margaret Thatcher, Angela Merkel tire aujourd’hui un immense profit de réformes qu’elle n’a pas faites mais dont elle se prévaut pour donner des leçons de courage politique au reste de l’Union.

Or elle n’est nullement fondée à le faire car, lorsqu’on hérite d’autant d’atouts, on se doit de les utiliser pour innover, investir dans l’avenir et faire, surtout, rebondir l’Union dont la langueur est si mortifère. Angela Merkel n’a rien fait de cela. Obsédée par le déséquilibre des budgets européens et déterminée à équilibrer le sien, elle a laissé vieillir les infrastructures allemandes jusqu’à une cote d’alerte désormais atteinte, rien fait ou presque pour enrayer le recul démographique de son pays et, pire encore, tant imposé de mesures d’austérité en Europe qu’elle est parvenue à rendre l’unité européenne impopulaire en l’assimilant aux restrictions budgétaires.

Jamais elle n’a avancé une idée pour l’Europe. Il lui a toujours fallu six à douze mois de retard ou plus pour admettre celles qu’avançaient les autres, que ce soit Nicolas Sarkozy après les crises de Wall Street et des dettes publiques ou François Hollande sur la nécessité d’investissements européens communs. Angela Merkel est une conservatrice pusillanime qui n’avait guère brillé par son courage en RDA où elle a grandi et gère en rentière une Allemagne unifiée qu’elle laisse vieillir et dormir sur ses lauriers. Son pays et l’Europe demanderaient mieux.

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