Il n’a malheureusement pas tort.

S’exprimant devant la conférence annuelle de l’Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe, une organisation fondée dans les années de détente de la Guerre froide dont elle réunit toujours les protagonistes, Europe, Etats-Unis et Russie, le chef de file de la diplomatie américaine, John Kerry, a dénoncé hier ce qu’il a appelé « la route de la tyrannie » prise par tant de pays et de mouvements d’extrême droite.

« Dans trop d’endroits, a-t-il dit, nous avons vu croître la pensée autoritaire, les restrictions sur les droits de l’homme et les media indépendants, une poussée de l’intolérance et des crimes de haine ». « Chaque atteinte aux libertés fondamentales, a-t-il ajouté, est une abominable pièce de plus dans la construction de la route vers la tyrannie et l’autoritarisme populiste ».

John Kerry n’a cité personne, ni Etats ni mouvements politiques. Ses responsabilités le lui interdisaient mais prenons les nouvelles de ces dernières 48 heures. En Russie, Mémorial, l’organisation créée dans les années 80 pour défendre la mémoire des victimes du stalinisme, vient d’être condamnée pour activités non conformes au statut « d’organisation étrangère » que les autorités lui ont imposé pour restreindre ses possibilités d’action.

Au Danemark, pas sur la lune mais en Scandinavie, en Europe, dans l’Union européenne, un député d’un parti d’extrême droite appartenant à la coalition au pouvoir vient, lui, de proposer de faire tirer sur les bateaux de réfugiés, en clair de les envoyer par le fond, pour les empêcher d’atteindre les côtes européennes. En France, Mme Le Pen souhaite, elle, qu’on interdise la scolarisation des enfants d’immigrés illégaux parce qu’ils devraient payer, si l’on comprend bien, pour les guerres ou la misère dont leurs parents sont victimes et que la France, n’est-ce pas, se porterait mieux si ces enfants étaient dans les rues plutôt que sur les bancs de l’école.

Bien… Mais continuons à énumérer les nouvelles du jour. Commandé par le Comité international de la Croix-Rouge, un sondage effectué dans seize pays dont les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité indique que le pourcentage de personnes refusant la torture est tombé de 66% en 1999 à 48% cette année. Plus d’un tiers des sondés, 36% d’entre eux, acceptent aujourd’hui la torture et 16% ne se prononcent pas.

« Choquant » et « déconcertant », a jugé le président du CICR mais que dire du retour en scène, aux Etats-Unis, des deux médecins qui avaient conseillé la CIA dans la généralisation de la torture après le 11 septembre et qui, Barack Obama partant, reviennent proclamer publiquement que oui, absolument, ils avaient eu raison de le faire ? Qu’en dire si ce n’est que c’est glaçant ?

Plus affreuses les unes que les autres, il y a bien d’autres nouvelles de ce genre, tous les jours, mais toutes se résument à cette phrase de John Kerry sur la « route de la tyrannie » rouverte par cette peur de tout qui est en train d’aveugler le monde.

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